"Qu’importe la robe ! Que regarde-t-on ? L’écrin qui contient le diamant ?"

Georges Feydeau

Bonjour,
Aujourd'hui : "Tenue correcte exigée"
Où l’on ne pardonne pas au Christ d’avoir oublié sa redingote au vestiaire.

 

1891. Le peintre Jean Béraud présente une nouvelle toile un peu surprenante… On y voit le Christ, bien identifiable à sa toge et sa tête nimbée de lumière.
À ses pieds, une femme éplorée est, en revanche, dans une tenue typique de cette fin de 19e siècle. Et c’est aussi le cas de la foule de messieurs en redingote qui les entourent ! Quel est donc le sujet de cet intrigant tableau ?

Jean Béraud, La Madeleine chez le Pharisien, 1891, huile sur toile, 101 x 131 cm, Musée d'Orsay, Paris
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Béraud est alors plutôt connu pour ses œuvres qui dépeignent la bourgeoisie parisienne, et qui plaisent beaucoup.

Pourtant, il ne se perçoit absolument pas comme un peintre conventionnel… Il est même opposé aux artistes "pompiers", qui peignent des sujets mythologiques très idéalisés et stéréotypés.

William Bouguereau, La Naissance de Vénus, 1879, huile sur toile, 300 x 218 cm, Musée d'Orsay, Paris. Bouguereau est associé aux artistes "pompiers".
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C’est d’ailleurs pour cela que Béraud fonde, avec d’autres artistes comme le sculpteur Rodin, une nouvelle Société nationale des Beaux-arts. Tous ces artistes sont en rupture avec le Salon, l’incontournable exposition officielle, et souhaitent davantage d’indépendance.

Édouard Joseph Dantan, Un coin du Salon en 1880, 1880, huile sur toile, 97 x 130 cm, collection privée
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Voilà pourquoi Béraud cherche à innover : il imagine un épisode biblique, celui où Jésus pardonne à Marie-Madeleine ses péchés, mais il le peint dans un contexte contemporain. Après tout, les peintres de la Renaissance faisaient de même en leur temps !

Jean Béraud, La Madeleine chez le Pharisien, 1891, huile sur toile, 101 x 131 cm, Musée d'Orsay, Paris. Détail de l'œuvre

 

Hélas, le public ne suit pas. Le voisinage de Jésus en costume antique avec des messieurs en redingote choque ou, pire, amuse.

Béraud s'entête, mais le critique Octave Mirbeau lui donne le coup de grâce. Il rédige une longue tirade où il fait parler le Christ : "Mon Père, éloignez de moi ce Béraud… Pourquoi s’acharne-t-il sur moi avec une si persistante férocité ?"

Charles Gerschel, Octave Mirbeau, vers 1900, photo : New York Public Library Archives
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Le peintre revient alors sagement à ce qu'il réussit le mieux : des scènes du quotidien dans les hauts lieux de la capitale. Il reste un témoin fidèle de son époque… à défaut d’innover !

Jean Béraud, Scène du bal, vers 1900, huile sur toile, 27 x 35 cm, collection privée
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Jean Béraud, Le Monologue, vers 1882, huile sur toile, 52 x 72 cm, collection privée
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" Qu’importe la robe ! Que regarde-t-on ? L’écrin qui contient le diamant ? "

- Georges Feydeau -

Racontée par James Meunier

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