"Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire." Guillaume Apollinaire
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Aujourd'hui : "En mille morceaux !"

Où l’on fait la connaissance d’un seigneur japonais très maladroit.

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XVe siècle, Japon. Le seigneur Ashikaga, dépité, contemple les morceaux de son bol à thé favori. Dans un geste maladroit, il vient de le briser accidentellement. Vite, il faut les meilleurs artisans pour le réparer !

Comme le bol est d’origine chinoise, on s’adresse aux artisans les plus réputés de Chine. Le bol du seigneur commence alors un long voyage…

Panier Nankin, vers 1750, céramique et agrafes de réparation

Expédié en Chine, il est réparé grâce à de fines agrafes de métal qui maintiennent les fragments entre eux. Mais le seigneur est horrifié par le résultat : il juge les agrafes disgracieuses, et le bol n’étant plus étanche, il est devenu inutilisable.
Si les artisans chinois n’y sont pas arrivés, peut-être que les artisans japonais pourraient trouver une solution ?

Petit bol à thé en porcelaine chinoise blanc/bleu, fin XIXe siècle, restauration à l'or 22 carats par Myriam Greff
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Pour satisfaire le seigneur, les artisans spécialistes de la laque mettent au point une technique, le kintsugi. Cela signifie littéralement "jointure d’or" : les différents morceaux sont assemblés grâce à de la laque, une sève très adhésive.

Chawan (bol à thé) en porcelaine blanche du Japon, restauration à l'or 22 carats par Myriam Greff
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Après plusieurs étapes complexes et beaucoup de patience, l’artisan ajoute de la poudre d’or sur la surface laquée, ce qui donne ces cicatrices dorées.
Grâce à ces réparations, le bol est à nouveau utilisable et les fissures sont devenues très esthétiques. Le seigneur est ravi !

Chawan (bol à thé) fait à Karatsu (karatsu-yaki),milieu de la période Edo (XVIIIe siècle), de forme "shioge" (en forme de pot de sel), restauration à l'or 22 carats par Myriam Greff
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Cette histoire sur l’origine du kintsugi, probablement légendaire, illustre un certain type de rapport aux objets. Un seigneur occidental de l’époque se serait immédiatement débarrassé de son bol brisé, l’accident lui ayant fait perdre toute valeur.

Mais il n’en est pas de même en Asie : un objet abîmé peut toujours trouver une deuxième vie. Ces accidents lui donnent même davantage de valeur !

Ryōnyū Raku, Bol à thé en Raku noir "Shōrei" avec un motif de grue, vers 1810-1838, Los Angeles County Museum of Art
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Pour en savoir plus :

Sur la technique du kintsugi

Sur la céramique japonaise

Quand le kintsugi répare les souvenirs

Pour recommander cet Artips :

Racontée par
Myriam Greff
Validée par Gérard Marié,
professeur d'histoire de l'art
Sciences Po Paris
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