"C'est quand on n'a plus de dents qu'on vous donne de la bonne soupe." Pierre Auguste Renoir
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Aujourd'hui : "Sans les mains !"

Où l’on fait la connaissance d’un artiste à quatre mains.

Dornac, Portrait de Pierre-Auguste Renoir, dans Nos contemporains chez eux, vers 1910, Bibliothèque nationale de France, Paris
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Paris, 1913. Le peintre Pierre-Auguste Renoir est bien embêté. À 72 ans, ses mains sont recroquevillées et presque paralysées par les rhumatismes. Pour lui, c’est un véritable drame.
C’est aussi à cette époque qu’il recommence à s’intéresser à la sculpture… Mais avec des mains qui ne répondent plus, comment faire ?

Pierre Bonnard, Portrait d'Ambroise Vollard au chat, vers 1924, huile sur toile, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
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Son marchand, Ambroise Vollard, se démène pour lui proposer une solution. "J’ai trouvé vos mains !", annonce-t-il un jour à Renoir.

Ces "mains", ce sont celles d’un jeune sculpteur espagnol, Richard Guino, qui vient d’arriver à Paris. Quel honneur pour lui de pouvoir aider le grand Renoir !

Pierre-Auguste Renoir et Richard Guino, Eau dite aussi La Grande laveuse accroupie, 1917, bronze, Musée d'Orsay, Paris © ADAGP, Paris, 2018, photo : © RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda
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Puisque le maître ne peut plus se servir de ses mains, Guino lui prête les siennes. Commence ainsi une collaboration artistique qui dure cinq ans, jusqu’à la mort de Renoir.

Il choisit les sujets, souvent des femmes sensuelles, et dessine les premières esquisses de ses mains malhabiles.
Guino prend le relais : sous l’œil attentif de Renoir, il modèle la sculpture et la modifie selon ses consignes. Les deux finissent par si bien se connaître que les mots ne sont même plus nécessaires pour se comprendre.

Pierre-Auguste Renoir et Richard Guino, Le Jugement de Pâris, 1914, haut-relief en plâtre patiné, 76 x 94 cm, Musée d'Orsay, Paris © ADAGP, Paris, 2018
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C’est donc ensemble qu’ils donnent naissance à de nombreuses œuvres. Le vieux maître peut ainsi poursuivre son activité artistique.
Mais ces sculptures signées du nom de Renoir soulèvent une interrogation. Guino était-il un simple exécutant ou un artiste à part entière ?

Pierre-Auguste Renoir et Richard Guino, Le Feu, 1916-1917, bronze, 32 x 32 x 33, Detroit Museum of Art, Détroit © ADAGP, Paris, 2018
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Un demi-siècle plus tard, au début des années 1970, Guino est bien décidé à ne pas sombrer dans l’oubli et fait appel à la justice. La Cour concède qu’il est plus qu’un "simple modeleur" et finit par lui reconnaître le titre de coauteur des sculptures… huit mois après sa mort.

Pierre-Auguste Renoir et Richard Guino, Venus Victrix, vers 1916, bronze, 181 x 111 x 78 cm, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris © ADAGP, Paris, 2018

Pour en savoir plus :

Sur Renoir

Sur Guino

Sur l'une de leurs œuvres

Renoir filmé par Sacha Guitry (vidéo)

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Racontée par
Nadia Goupil
Validée par Gérard Marié,
professeur d'histoire de l'art
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