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Aujourd'hui : "Expérience au sommet"

Où l’on apprend qu’il n’y a rien de tel qu’une bonne randonnée pour faire avancer la science.

Johannes Wislicenus en 1885 (à gauche) et Adolf Fick (à droite), photo : Georg Brokesch / Photographic Collection of the Boston Medical Library
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1866, Alpes suisses. Le biologiste Adolf Fick et le chimiste Johannes Wislicenus préparent leur randonnée du lendemain. Ils s’empiffrent de pâtisseries, s’abreuvent de thé, de bière et de vin. Drôle de régime pour des apprentis randonneurs…

En fait, les scientifiques sont en pleine expérience. Ils veulent comprendre où leurs muscles puisent l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.

Wilhelm Trautschold, Justus von Liebig, peinture à l'huile, vers 1846
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La théorie qui prédomine alors est celle de leur professeur, l’éminent chimiste Justus von Liebig. Pour lui, ce serait les protéines qui permettraient aux muscles de fonctionner.

Mais Fick et Wislicenus doutent sérieusement de cette affirmation. Ils soupçonnent l’intervention d’autres sources.

Hôtel d'altitude sur le mont Faulhorn, Suisse, entre 1890 et 1900, Impression no. "17563", photo : Detroit Publishing Company
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Pour en avoir le cœur net, ils ont élaboré un plan astucieux : mesurer la consommation de protéines lors d’un effort physique intense. Ils ont donc décidé d’entreprendre l’ascension du mont Faulhorn. Soit 2000 mètres de dénivelé, et six heures d’ascension.

Au préalable, les deux compères ont pris soin de suivre un régime alimentaire totalement dépourvu de protéines. Puis, tout au long de leur parcours, ils ont récolté leurs urines.

Pier Matteo Pini, Gravure sur cuivre n ° 23 commandée par Barthélemy Eustache, Musée d'histoire naturelle de Bruxelles
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En effet, la dégradation des protéines entraîne la libération d’azote qui est éliminé dans les urines. La teneur en azote de leurs urines devrait donc révéler la quantité de protéines consommées par les muscles lors de leur randonnée.

Et le résultat est très clair : la quantité d’azote mesurée est beaucoup trop faible. Vu l’effort fourni par les deux hommes, si le muscle ne consommait que des protéines c’est une bien plus grande quantité d’azote qui aurait dû être retrouvée dans leurs urines.

Poster publicitaire pour la soupe Liebig, Paris, 1890, dim. : 133 x 100 cm, photo : Bibliothèque nationale de France
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Les protéines ne sont donc pas la source principale d'énergie des muscles. Leurs résultats enterrent définitivement la théorie de Liebig !

Néanmoins, il faudra attendre le XXe siècle pour que l’on découvre la source énergétique des muscles : les glucides (sucres) et les lipides (gras) provenant de l’alimentation. La contribution des protéines, quant à elle, ne dépasse pas les 10 %.
Malgré cet écueil, Liebig restera tout de même un maître incontesté... dans le domaine des bouillons et soupes lyophilisés !

Vidéo 1866, Fick et la source d’énergie du muscle, Corpus

Pour en savoir plus :

Sur l'expérience de Adolf Fick et Johannes Wislicenus

Sur le métabolisme du muscle (p.51)

Vidéo sur l'expérience de Adolf Fick et Johannes Wislicenus (Corpus)

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