"Il importe en peinture, que le portrait ressemble au modèle, mais non pas le modèle au portrait."

Paul-Jean Toulet

Bonjour,
Aujourd'hui : "Un mari idéal ?"
Où l’on est prêt à aller chercher son amour jusqu’au fond des Enfers.

 

1539. Le peintre italien Bronzino vient d’achever un tableau représentant Orphée, un héros de la mythologie grecque. Ce dernier est connu pour ses talents de poète et de musicien, et pour son immense amour envers la belle Eurydice. Mais le modèle est-il vraiment celui que l’on croit ?

Pourtant, tout ici permet de reconnaître Orphée. Il tient un instrument à cordes dont il semble prêt à jouer, rappelant le talent musical du héros.

Agnolo Bronzino, Portrait de Cosme Ier de Médicis en Orphée, vers 1537-1539, huile sur bois, 94 x 76 cm, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie
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Plus évident encore : la présence de Cerbère, le chien à trois têtes gardien des Enfers. Celui-là même qu'Orphée a affronté, alors qu'il venait chercher sa chère Eurydice, tuée par une morsure de serpent, dans les tréfonds des Enfers. Mais Bronzino, malgré tous ces indices, nous joue un petit tour…

Détail de l'œuvre

 

Car ce n’est pas Orphée qui est ici représenté, mais un puissant chef d’État florentin, Cosme Ier de Médicis ! Il aurait commandé ce tableau peu de temps avant son union arrangée avec une jeune princesse espagnole.

En effet, difficile à l’époque pour les futurs époux de se rencontrer avant le jour des noces… Comme première approche, Cosme choisit donc d’envoyer à sa promise un portrait.

Agnolo Bronzino, Éléonore de Tolède (la future épouse), 1543, huile sur bois, 59 x 46 cm, Galerie nationale de Prague
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Et plutôt qu’un portrait classique, immortalisant le promis en buste dans une tenue à la mode, Bronzino le peint presque nu sous les traits d’Orphée. Pourquoi ce stratagème ? Parce que cela permet d’attribuer à Cosme toutes les qualités du héros, pour le rendre encore plus désirable !

Henri Regnault, Orphée aux enfers, 1865, huile sur toile, 117 x 1465 cm, Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, Calais, photo : VladoubidoOo
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Pour la future mariée, le message est clair : son promis se montre sensible aux arts, et surtout, courageux et prêt à lui offrir un amour inconditionnel. Un mari idéal, en somme, qui prétend l'aimer aussi profondément qu’Orphée aime Eurydice. Beau programme !

Jean-Baptiste Camille Corot, Orphée ramenant Eurydice des enfers, 1861, huile sur toile, 112 x 137 cm, Musée des Beaux-Arts de Houston
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Agnolo Bronzino, Portrait de Cosme Ier de Médicis, 1545, huile sur bois, 74 x 58 cm, Galerie des Offices, Florence
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" Il importe en peinture, que le portrait ressemble au modèle, mais non pas le modèle au portrait. "

- Paul-Jean Toulet -

Racontée par Noémie Dumanois

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