"On lui jetait toujours ses illustrations à la tête pour tuer le peintre."

Albert Wolff

Bonjour,
Aujourd'hui : "Je mérite mieux !"
Où l’on fait la connaissance d’un artiste qui en veut toujours plus.

 

Paris, 1877. Le critique d’art Jules-Antoine Castagnary est redoutable… et redouté. Cette fois-ci, c’est un illustrateur réputé qui en fait les frais : "Nous constaterons avec tristesse que, mauvais dessinateur et mauvais peintre, M. Gustave Doré vient d’ajouter à sa réputation celle de mauvais sculpteur."

Voilà, en quelques termes assassins, comment Castagnary décrit l’œuvre de Gustave Doré. Quel coup dur ! 

Félix Bracquemond, Jules Antoine Castagnary, 1890, gravure, Bibliothèque nationale de France, Paris
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Et pourtant, Doré est très apprécié du public… Ses dessins pour les Contes de Perrault, L’Enfer de Dante et La Sainte Bible ont été vus jusque dans les petits villages français. Il est même connu à l’étranger ! 

C’est un touche-à-tout autodidacte et infatigable : caricaturiste, graveur, aquarelliste, illustrateur, peintre, et même alpiniste et violoniste à ses heures perdues ! Doré a plus d’une corde à son arc. Mais alors, pourquoi une critique aussi dure ?

Gustave Doré, Le Petit Poucet, gravure sur bois publiée dans les Contes de Charles Perrault, 1862, 24 x 19 cm, Bibliothèque nationale de France, Paris
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C’est qu’en 1877, Gustave Doré décide de s’attaquer à un nouvel art : la sculpture. Son vœu le plus cher ? Être enfin reconnu comme un véritable artiste.

Car, à l’époque, l’illustration est un genre considéré comme mineur. Le côté prolifique de Doré et le nombre prodigieux de ses illustrations jouent donc en sa défaveur...

Gustave Doré, La Gloire étouffant le Génie, 1878, plâtre, 255 × 163 × 146 cm, Musée Henri-Boez, Maubeuge, photo : ville de Maubeuge
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Or, Doré veut les louanges des critiques d’art "sérieux" et du fameux Salon de peinture et de sculpture de Paris ! Il s’est déjà essayé à la peinture, sans succès. On lui a reproché, entre autres, des toiles trop théâtrales et "pittoresques", et une imagination débordante. Et voilà que ses tentatives en sculpture échouent également...

Castagnary n’est pas le seul à le juger durement : c’est une opinion globalement partagée par ses contemporains.

Gustave Doré, Les Saltimbanques, 1874, huile sur toile, 224 x 184 cm, Musée d'art Roger-Quilliot, Clermont-Ferrand
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Mais c’est bien grâce à ses illustrations que Doré passe à la postérité. Aujourd’hui, son talent est plus que reconnu : des bandes dessinées au cinéma d’animation de Walt Disney, il en a inspiré plus d’un !

Gustave Doré, Cendrillon (à gauche) et Le Chat botté (à droite), gravures sur bois publiées dans les Contes de Charles Perrault, 1862, 24 x 19 cm chacune, Bibliothèque nationale de France, Paris
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Nadar, Gustave Doré, 1867, photographie, Bibliothèque nationale de France, Paris
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" On lui jetait toujours ses illustrations à la tête pour tuer le peintre. "

- Albert Wolff -

Racontée par Lucie Mugnier

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