"On peut tout quitter, sauf ses obsessions."

David Foenkinos

Bonjour,
Aujourd'hui : "C'est grave, docteur ?"
Où l'on découvre comment des peintures peuvent se retrouver à l'hôpital.

 

Voici un portrait peu flatteur. Des yeux vides, une expression abasourdie, un teint pâle... Cette vieille dame n'a pas l'air très en forme. De quoi peut-elle bien souffrir ?

Le titre nous donne la réponse : elle est atteinte de monomanie. C'est ainsi que l’on nomme au 19e siècle une obsession maladive. Les monomanes ont une terrible névrose, il leur est impossible de penser à autre chose ! Ici, l’obsession de cette dame est le jeu.

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Théodore Géricault, La Monomane du jeu, vers 1820, huile sur toile, 77 x 65 cm, Musée du Louvre, Paris
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L’auteur de ce troublant portrait n’est autre que le peintre Théodore Géricault. Et il ne s’est pas contenté d’en faire un seul.

Vers 1820, il en peint cinq, chacun illustrant une monomanie différente : l’envie, le commandement militaire, ou même le vol d’enfants ! Pourquoi cette curiosité de Géricault pour ces pathologies ?

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Théodore Géricault, La Monomane de l'envie, vers 1820, huile sur toile, 78 x 58 cm, Musée des Beaux-Arts, Lyon
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Certes, le sujet de la folie le passionne, comme tous les artistes du mouvement romantique. Mais l’origine d’une telle série reste assez mystérieuse.

Selon la théorie la plus probable, il s’agirait d’une commande du docteur Georget, qui aurait fait la connaissance de Géricault pour avoir traité sa dépression. C’est l’un des premiers à considérer les "fous" non comme des criminels, mais comme des patients qu’il faut soigner…

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Théodore Géricault, Le Monomane du vol d'enfants, vers 1822-1823, huile sur toile, 65 x 54 cm, Musée des Beaux-Arts, Springfield, Massachusetts
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Cela expliquerait l’incroyable réalisme des portraits de Géricault : les tableaux auraient eu un but médical. On pense en effet à l’époque qu’une maladie ou une personnalité peut se lire sur les traits du visage.

Peut-être que Georget s’en est servi pour détailler les symptômes des différentes monomanies à ses élèves ? Cela lui aurait alors évité d’amener ses patients en classe.

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Théodore Géricault, Le Monomane du commandement militaire, vers 1819-1822, huile sur toile, 81 x 65 cm, Musée Oskar Reinhart "Am Römerholz", Winterthur
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Que l’on connaisse ou non leur finalité, ces portraits restent troublants et fascinants… Peut-être parce que Géricault, loin des clichés habituels de la représentation des fous, a peint avant tout des êtres humains.

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Théodore Géricault, La Monomane du jeu, vers 1820, huile sur toile, 77 x 65 cm, Musée du Louvre, Paris. Détail de l'œuvre

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Horace Vernet, Théodore Géricault, vers 1822-1823, huile sur toile, 47 x 38 cm, The Metropolitan Museum of Art, New York
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" On peut tout quitter, sauf ses obsessions. "

- David Foenkinos -

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