Où l’on passe une tête dans un accélérateur de particules.
Augustin Régis, La Salle funéraire égyptienne du Musée Charles X, publié dans Paris Illustré: Nouveau guide de l’étranger et du Parisien, Adolphe Joanne, Paris, 1863
Paris, 1923. Le Louvre vient de faire une fabuleuse acquisition : une magnifique tête égyptienne en verre, composée d’un visage bleu surmonté d’une perruque, vient d’entrer dans ses collections. Cette œuvre daterait de la 18e dynastie (celle de Toutânkhamon), et aurait donc plus de 3 000 ans. Vraiment ?
Car, à bien y regarder, le style de la perruque fait plus penser à l’Art déco des années 1920 qu’à l’art antique égyptien…
Au fil des décennies, les soupçons s’installent.
Il faut attendre 2001 pour que l’on s’attaque sérieusement au problème. La tête est alors emportée dans les sous-sols du Louvre, direction le laboratoire des musées de France. À 15 mètres sous la cour du carrousel se cache un certain "AGLAÉ" !
Il s’agit d’un accélérateur de particules, purement dédié à l’étude d’œuvres d’art. C’est d’ailleurs la seule machine de ce type à se situer dans un musée ; on vient même du monde entier pour l’utiliser.
Tête de princesse égyptienne, 1920-1923, verre, Musée du Louvre, Paris. Photo : Dist. GrandPalaisRmn / Christian Décamps
Ce qui rend AGLAÉ si exceptionnel, ce n’est pas tant ses 27 mètres de long ni ses dix tonnes. Mais plutôt qu’il s’agit de l’unique dispositif qui permette de déterminer la composition chimique d’une œuvre sans prélever d’échantillon et donc sans l’endommager.
Pour ce faire, l’instrument envoie des particules à très haute vitesse sur la pièce à étudier. Elles interagissent alors avec la matière, dont les atomes émettent en retour différents types de rayonnement, comme des rayons X ou des rayons lumineux. En les mesurant, on peut retrouver tous les composants de l’œuvre, dans les moindres traces.
AGLAÉ (Accélérateur Grand Louvre d'Analyse Élémentaire) dans les locaux du C2RMF (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France), 2009. Photo : Jean-Pierre Dalbéra, CC BY 2.0
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Et notre tête égyptienne ? Passée sous l’œil d’AGLAÉ, on apprend que le verre qui la compose contient du plomb et de l’arsenic dans des quantités très supérieures à celles de tous les échantillons authentifiés de la même période. Pas de doute : c’est un faux !
La "tête bleue" est finalement datée entre 1920 et 1923 et doit quitter les salles du musée pour rejoindre les réserves. Avec ce mystère brillamment résolu, le musée garde la tête haute !
Analyse de la tête de princesse égyptienne par AGLAÉ. Photo : C2RMF, V. Fournier, DR
"Donne plutôt ta tête que ton secret." Proverbe turc
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