Où l’on cherche une tapisserie dans une botte de foin.
19e siècle, Angers. Le chanoine Joubert s’est mis en quête d’un trésor. Il souhaite mettre la main sur les fragments perdus de la Tenture de l’Apocalypse pour la reconstituer. Et on peut dire qu’il a du pain sur la planche !
Découpées et disséminées pendant la Révolution, les tapisseries servent désormais de protection pour les orangers, de doublures de rideaux ou encore de paillassons… Pourquoi vouloir regrouper à tout prix les morceaux éparpillés de cette Tenture de l’Apocalypse? C’est qu’il s’agit de l’un des plus grands ensembles de tapisseries médiévales jamais réalisé!
Jules-Eugène Lenepveu, Portrait du Chanoine Joubert, 1855-1857, sanguine sur papier, 26 x 18 cm, Musée Pincé. Photo : Musées d'Angers / Numérisation 2009
Tenture de l'Apocalypse, 14e siècle, Musée de la Tapisserie de l'Apocalypse, château d'Angers
"Le 4e flacon versé sur le soleil" (scène 60), Tenture de l'Apocalypse d'Angers, 14e siècle, 176 x 106 cm, fragment présenté dans l'exposition de la Bibliothèque nationale de France. Photo : Bernard Renoux / Centre des monuments nationaux
La Tenture est confectionnée au 14e siècle par les plus grands artisans de l’époque, sur commande du duc d’Anjou. Il faut alors pas moins de sept ans aux peintres et tisserands pour terminer les nombreuses scènes de cette tenture magistrale…
Mais c’est peut-être le sujet de l’œuvre qui intéresse le plus notre ecclésiastique chasseur de trésor.
Avec ses hommes en panique et ses langues de feu qui surgissent du ciel, pas de doute: la tenture raconte l’Apocalypse annoncée dans la Bible. Un certain Jean de Patmos y narre la fin du monde et l’arrivée prochaine du Royaume de Dieu, auxquels seuls certains appartiendront après le Jugement Dernier…
Ce sujet n’a pas été choisi au hasard. En effet, au 14e siècle, l’Europe est bouleversée par les tragédies. Entre la Peste Noire et la guerre de Cent Ans, il règne une ambiance de fin des temps! Résultat, le sujet de l’Apocalypse, à la fois sombre et plein d’espoir, est en vogue. La tenture s’inscrit donc dans son époque tout en mettant en scène un enseignement religieux. Voilà de quoi intéresser le chanoine Joubert...
D’ailleurs, les efforts de ce dernier ne sont pas vains. Il finit par retrouver une grande partie des tapisseries (environ 100 mètres sur 140 à l'origine) et il consacre le reste de sa vie à leur restauration, pour le plaisir de nos yeux !
À gauche : Fragment avec ange ("Saint Jean devant le Christ", scènes 77 et 78 bis) / À droite : Fragment "Saint Jean devant l'ange" (scène 76), Tenture de l'Apocalypse, 14e siècle, fragments présentés dansl'exposition de la Bibliothèque nationale de France
"Là où la ruine est se cache la promesse d’un trésor". Rûmi
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Photo : Hervé Boutet
La Tenture de l’Apocalypse n’a pas fini de nous livrer ses secrets…
Cela tombe bien : dans le cadre de son exposition Apocalypse. Hier et demain, qui se tient jusqu’au 8juin, la Bibliothèque nationale de France bénéficie du prêt exceptionnel de trois fragments de la Tenture rarement montrés au public!
L’occasion d’admirer ce chef-d’œuvre du Moyen Âge bien sûr, mais aussi d’en apprendre davantage sur l’Apocalypse. De Dürer à Goya en passant par des artistes contemporains comme Kiki Smith, tous ont revisité ce thème en s’inspirant des malheurs et des espoirs de leur temps.
Cette grande exposition vous fera donc passer par toutes les émotions !