Où l’on voit une élève hériter du talent de son maître.
P. Bellingard à Lyon, Jeanne Bardey, 1900
Novembre 1917. Le très respecté Auguste Rodin s’éteint à 77ans, en laissant derrière lui près de 7 000 sculptures, et autant de dessins. Heureusement, sentant sa fin approcher, l’artiste a tout prévu pour sa succession.
Ses œuvres doivent donc revenir à l’État, afin de former le musée parisien qui porte son nom… à condition qu’une certaine Jeanne Bardey en devienne la directrice. Qui est l’heureuse élue ?
Il s’agit de sa dernière élève! En 1909, la Lyonnaise, qui pratique déjà la peinture et le dessin, monte en effet à Paris pour s’initier à la sculpture. Présentée à Rodin par son ancien professeur, elle lui montre ses nus et ses natures mortes. Sous le charme, il l’accepte comme élève dans son atelier.
Jeanne Bardey, L’Aliénée, 1924, bronze, 26 x 33 x 41 cm
Elle débute ainsi à ses côtés, d’abord comme praticienne. Autrement dit, elle prépare les sculptures du maître, tandis qu’il la forme au style rodinien. Il lui apprend notamment à travailler sur le mouvement et à jouer sur la profondeur pour faire ressortir les expressions de ses sujets.
Jeanne Bardey progresse vite et se révèle même particulièrement douée pour les nus en fonte à la cire perdue!
Bientôt, elle expose même ses projets personnels avec les autres grands artistes de l’époque : début de la consécration…
Jeanne Bardey, Femme nue accoudée ou Ponnette, 1913, terre peinte, Musée des Arts décoratifs de Lyon
L'hôtel Biron en 1910, avant d'être occupé par le Musée Rodin
Le maître, qui lui fait une confiance aveugle, envisage alors de faire d’elle son héritière, avant de lui proposer de devenir la première directrice de son musée. Malheureusement, Jeanne Bardey fait face à une opposition acharnée : l’entourage du sculpteur refuse de la voir à une telle position, et se débrouille pour faire signer un nouveau testament à Rodin avant son décès.
De gauche à droite : Henriette (la fille de Jeanne), Jeanne Bardey, Auguste Rodin et sa compagne Rose Beuret, avril 1916, épreuve gélatino-argentique, 12 x 18 cm, Musée Rodin, Paris
Bardey est totalement écartée… mais elle ne se laisse pas abattre !
Après la disparition du maître, elle ne tarde d’ailleurs pas à voler de ses propres ailes et part avec sa fille vers de nouvelles aventures, en Égypte puis en Chine.
"Je sens qu’à vos côtés je fais chaque jour un pas pour entrer dans la grande famille dont vous faites partie : celle qui ne meurt pas, celle des grands artistes". Lettre de Jeanne Bardey à Rodin (1909)