Où l’on remplace un astre parfait par un simple caillou.
Église de Santa Maria Maggiore, Rome, 2024. Photo : Basilique Santa Maria Maggiore
Ludovico Cardi Cigoli, L'Assomption de la Vierge, vers 1610, fresque, église de Santa Maria Maggiore, Rome
Rome, 1612. Dans l’une des coupoles de l’église Santa Maria Maggiore, une nouvelle fresque de L'Assomption de la Vierge, peinte par Cigoli, charme les fidèles. On y distingue la Vierge, qui flotte dans les airs, entourée d’anges.
Rien de plus classique, en apparence. Et pourtant, à ses pieds, un détail marque une véritable révolution...
En effet, la Vierge se tient debout sur la Lune: l’astre, alors considéré comme lisse et parfait, fait écho à l'Immaculée Conception de Marie. Il s'agit d'un dogme de l’Église qui déclare que la Vierge a été conçue de manière pure, sans péché.
Mais dans la fresque de Cigoli, la Lune n’est pas lisse: l’artiste la montre tachetée, sombre et irrégulière. Pourquoi ce choix étrange?
Pour comprendre, il faut remonter deux ans plus tôt. Le savant Galilée publie alors un ouvrage dans lequel il décrit une surface lunaire faite de montagnes, de cratères et de creux. Une découverte qu’il a faite grâce à ses lunettes astronomiques... mais un brin explosive puisqu’elle remet en cause l’idée qu’on se fait d’un ciel parfait.
La représentation de Cigoli n’a rien d’une coïncidence. Ami de Galilée avec qui il correspond, il connaît parfaitement les descriptions du savant.
Résultat : son astre ressemble trait pour trait à celui observé et dessiné par l’astronome. Pour la première fois, c’est donc une Lune réaliste qui entre dans une œuvre d’art.
Galileo Galilei, Phases de la Lune, 1609, Bibliothèque nationale centrale de Florence
Joseph-Nicolas Robert Fleur, Galilée devant le Saint-Office au Vatican, 1847, huile sur toile, 200 x 300 cm, Musée du Louvre, Paris
Exemple de la Lune stylisée Bartolomé Esteban Murillo, L'Immaculée Conception (détail), 1660-1665, huile sur toile, 274 × 190 cm, Musée du Prado, Madrid
Hélas, trois ans plus tard, Galilée est dénoncé au Saint-Office et commence un long bras de fer avec l’Église, qui n’apprécie pas sa remise en cause des connaissances sur l’univers. Il devient donc dangereux de représenter une Lune réaliste dans l’art religieux.
Mais celle de Cigoli échappe à la censure... sans doute parce qu’elle se trouve à plus de quinze mètres du sol. Il faut de très bons yeux pour repérer ses cratères sulfureux !
"On ne peut rien enseigner à autrui. On ne peut que l'aider à le découvrir lui-même." Galilée
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Ludovico Cardi Cigoli, détail de L'Assomption de la Vierge