Où l’on échange une poire contre une pomme de pin.
Titanic (extrait), réalisé par James Cameron, 1997
"La Dame livre son cœur à Doux Regard", dans Le Roman de la poire, enluminure, vers 1275, Bibliothèque nationale de France, Paris
À la fin de Titanic, Rose jette un pendentif précieux en forme de cœur dans l’océan, car son propre cœur appartient toujours à Jack, disparu dans ces eaux lors du naufrage du navire. Ce film culte de la fin des années 1990 reprend ainsi une image bien connue : le don du cœur. Mais quelle est l’origine de cette métaphore, et pourquoi ce cœur ressemble-t-il si peu à celui qui bat dans notre poitrine ?
C’est dans un manuscrit français du 13e siècle, Le Roman de la poire, que l’on voit le plus ancien exemple connu de quelqu’un offrant son cœur. Dans cette lettrine ornée (la première lettre illustrée d’un paragraphe), le cœur que l’homme tend à son aimée est assez éloigné du ❤️️ que nous utilisons aujourd’hui. Sa forme allongée serait-elle celle de la poire du titre?
Non, le fruit qui donne son titre au roman est une poire qu’une jeune femme pèle pour son prétendant en se servant… de ses dents ! Summum de la sensualité, selon les codes de l’amour courtois que valorise la littérature amoureuse de l’époque.
Le cœur représenté dans la lettrine a en fait la forme d’unepomme de pin, d’après une description de l'organe humain donnée mille ans auparavant par le médecin grec Galien. Quant à l’idée que le cœur est le siège des émotions, donc de l’amour, elle provient également de l’Antiquité. Et après tout pourquoi pas : le cœur ne bat-il pas plus vite en présence de la personne que l’on aime ?
Giotto, La Charité offrant son cœur à Dieu (détail), 1306, fresque, 120 x 55 cm, Chapelle des Scrovegni, Padoue
Jehan de Grise, La Romance d’Alexandre (détail), 1344, Bodleian Library, Oxford
La littérature chevaleresque du Moyen Âge popularise ensuite progressivement le don du cœur. Au fil des représentations, celui-ci prend une forme de plus en plus stylisée, peut-être inspirée de la feuille du lierre.
Le cœur de la Saint-Valentin n’a ainsi plus grand-chose de commun avec l’organe biologique. De toute façon, qui aurait l’idée d’offrir un morceau de chair sanguinolente pour déclarer sa flamme ? Le final de Titanic n’aurait pas été très glamour !
Codex Manesse (détail), 1305-1315, Bibliothèque universitaire de Heidelberg
"L’amour est une mer dont le cœur est la rive". Victor Hugo
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Jehan de Grise, La Romance d’Alexandre (détail), 1344, Bodleian Library, Oxford