Où l'on découvre une jolie façon de célébrer son anniversaire de mariage.
James Ensor, L'Intrigue, 1890, huile sur toile, 90 x 149 cm, collection du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers
James Ensor, Autoportrait au chapeau fleuri, 1883-1888, huile sur toile, 61 x 76 cm, Musée d'Art à la mer, Ostende
Août 1980. Dans le village de Mariakerke, situé sur la côte belge, Christa et son époux fêtent leur anniversaire de mariage avec leurs enfants. Pour occuper ceux-ci, la mère de famille propose de creuser des puits dans les dunes de sable. Mais après quelques coups de pelle, ils découvrent un curieux objet soigneusement emballé dans un sac en plastique...
Il s'agit d'un tableau ! Et pas n'importe lequel : en déballant le butin, la famille découvre une œuvre signée Ensor. Ce James Ensor n'est autre qu'un célèbre peintre belge qui a longtemps vécu à Ostende à la fin du 19e siècle. Connu pour ses toiles aux ambiances fantastiques, peuplées de squelettes et de masques, il est un pionnier de l'avant-garde.
En l'occurrence, la famille a mis la main sur un curieux portrait de l’artiste. Celui-ci s'y représente avec un imposant chapeau féminin, couvert de fleurs. La raison ? Ensor cherche tout simplement à exprimer son identité belge : il fait donc référence à l'autoportrait d'une superstar flamande morte quelques siècles plus tôt, Rubens. Ensor lui vole sa posture et s'affuble des mêmes moustaches remontantes. Quant au chapeau, il choisit avec ironie de copier celui de la femme de Rubens.
À la gendarmerie, Christa et sa famille apprennent que la toile a été dérobée deux ans plus tôt dans un musée d'Ostende. Mais alors comment s'est-elle retrouvée dans le sable ? Le voleur a bien tenté d'obtenir une rançon...
Pierre Paul Rubens, Autoportrait, 1623, huile sur panneau, 85 x 62 cm, Royal Collection of the United Kingdom
Pierre Paul Rubens, Portrait d'Hélène Fourment avec ses deux enfants (détail du chapeau), 1635-1636, huile sur toile, 115 x 85 cm, Musée du Louvre, Paris
Mais l'opération ayant échoué, on suppose qu'il a pris peur et qu'il a enterré l'œuvre pour s'en débarrasser. À moins qu'il n'ait jamais retrouvé l'endroit où il l'avait cachée...
Heureusement, tout se termine bien pour le tableau, qui a pu retrouver sa place sur les murs de son musée. Quant à la famille, elle est toujours restée discrète sur le montant de sa récompense. Elle explique tout de même que cette découverte miraculeuse lui a permis de se construire une jolie véranda...
"Je suis un fils de la mer et à travers elle, un fils de la lumière." James Ensor