Comme tous les jours, un attroupement se forme devant la Victoire de Samothrace, au Louvre. La statue antique trône fièrement dans un escalier majestueux, aux murs de pierre laissés vierges, pour la mettre en valeur. Des murs de pierre, vraiment ? Notre escalier cache en réalité un secret bien gardé...
Pour comprendre, faisons un retour en arrière. Dans les années 1880, les artisans de l'Atelier national de mosaïque, qui viennent d'achever le prestigieux chantier du Panthéon, sont désœuvrés. Il faut leur trouver un nouvel espace pour recevoir une décoration de mosaïque !
Jules-Eugène Lenepveu, L'Égypte, L'Assyrie, La Grèce et Rome, 1887-1888, cartons préparatoires pour le plafond de l'escalier Daru du Louvre, huile sur toile, 351 x 300 cm chacun, Musées d'Angers
Et cela tombe bien, le directeur des musées a le lieu idéal : notre fameux escalier. Construit quelques décennies plus tôt, il n’a jamais été terminé. Pourquoi ne pas faire travailler l’atelier là ?
Après des négociations, le chantier se lance ! Le peintre Jules-Eugène Lenepveu fournit des modèles ambitieux aux artisans. Sur les coupoles du plafond doit se déployer un immense décor à la gloire de l’histoire de l’art. Des allégories féminines représentent des centres artistiques importants, comme l’Italie de la Renaissance. Elles sont accompagnées de portraits de mécènes et d’artistes sous forme de médaillons.
Hélas, le public qui passe sous les échafaudages n’est pas convaincu... Certains sont horrifiés par les couleurs criardes de l’ensemble, d’autres jugent ces grandes compositions franchement dépassées.
Jules-Eugène Lenepveu, Artistes et mécènes : Goudéa, Améniseb ou Khéops, Rubens, Raphaël, 1887-1888, cartons préparatoires pour le plafond de l'escalier Daru du Louvre, huile sur toile, 105 x 105 cm chacun, Musées d'Angers
Vue du palier Daru, début du 20e siècle, exposition des fouilles de Delphes présentées autour de la Victoire de Samothrace
La presse nationaliste en rajoute une couche en prétendant que la mosaïque n’est pas "un art français" et n’a donc pas sa place au Louvre.
Pendant dix ans, les critiques se déchaînent, au point que le chantier meurt avant l'achèvement des décors. Qu’en faire ? Les détruire, ou les occulter ? Finalement, en 1934, ils sont cachés sous un papier peint qui imite la pierre. Papier peint... qui est toujours en place aujourd’hui! Qui sait, si la mosaïque revient un jour à la mode, on pourra toujours l’enlever pour retrouver ce décor si décrié.
Cliquez pour voir le papier peint imitation pierre se déchirer. Photo : Marie-Lan Nguyen, CC0
"La Victoire de Samothrace (est transformée) en star de music-hall au milieu d’un feu de Bengale rose." Un critique de l’époque
Chut, c'est un secret 🤫
Du papier peint couleur pierre, des taureaux ailés et des vols et incendies dévastateurs... L’histoire du musée du Louvre n’est pas de tout repos – et elle cache encore de nombreux secrets !
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