Où l’on rencontre une sculptrice qui ne manque pas d’aplomb.
Ida Fielitz, Portrait de Sigrid af Forselles, fin du 19e siècle, huile sur toile, 144 x 166 cm, Loviisa City Museum, Finlande
1887, Paris. Sigrid af Forselles, une sculptrice finlandaise, travaille dur dans l’atelier de Rodin. Depuis quelques années déjà, elle met la main à la pâte pour réaliser différents projets du maître, comme Les Bourgeois de Calais. D’ailleurs, Rodin, enchanté de son élève, lui propose de participer à un chantier monumental… Sa Porte de l’Enfer ! Mais la sculptrice refuse tout net.
Pourquoi diable Sigrid af Forselles décline-t-elle une telle opportunité ?
C’est qu’elle a une idée en tête : elle souhaite se rendre à Florence pour marcher sur les traces des maîtres de la Renaissance italienne et surtout pour sculpter son propre chef-d’œuvre. Inspirée par La Porte du Paradis de Ghiberti, Sigrid af Forselles réalise alors, seize années durant, une série de cinq panneaux en bas-relief, intitulée Le Progrès de l’âme humaine.
Là encore, la sculptrice ne cherche pas la facilité. Son premier panneau développe ainsi un thème quasiment inédit en sculpture : le Ragnarök. Ragna-quoi ?
Lorenzo Ghiberti, Adam et Ève, bas-relief de la Porte du Paradis, Baptistère de Florence, vers 1401, bronze
Imaginez la fin du monde, entre raz-de-marée et gigantesques incendies… Ajoutez-y une lutte sanglante et mortelle entre les dieux de la mythologie nordique et voilà, vous obtenez le récit du Ragnarök !
Sigrid af Forselles, La Bataille des Hommes, un thème de l'Edda, Ragnarök, 1887-1903, plâtre, 195 x 256 cm, Kansallisgalleria, Helsinki
En plus de s’attaquer à un sujet original, Sigrid af Forselles ne le traite pas de manière conventionnelle. En peinture, le Ragnarök donne lieu à des représentations épiques où se déchirent Thor et Odin:la sculptrice, au contraire, montre un groupe d’hommes nus et désemparés. Certains se cachent le visage quand d’autres s'évanouissent. L’artiste cherche plutôt à dépeindre le désespoir des humains que la force des dieux.
Hélas, cette œuvre ne connaît pas non plus une fin heureuse. Sigrid af Forselles ne trouve pas assez d’argent pour faire couler son œuvre en bronze. Ses cinq panneaux de plâtre sont vendus et exposés séparément.
Mais pas question de se dégonfler : l’artiste a, par la suite, continué de sculpter… Peut-être pas jusqu'à la fin du monde, mais au moins jusqu’à la fin de sa vie !
Mårten Eskil Winge, Thor lutte avec les géants, 1872, huile sur toile, 484 x 333 cm, Nationalmuseum, Stockholm
"Que serait la vie si nous n'avions pas le courage de tenter quoi que ce soit ?" Vincent van Gogh
Des femmes qui n'en font qu'à leur tête
Forselles a refusé de suivre Rodin pour tracer sa propre voie... Dans son sillage, et celui de tant d'autres pionnières, la newsletter Les Glorieuses dessine sa propre vision : celle d'une société plus égalitaire.
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