Ilia Zdanevitch, plus connu sous le nom d’Iliazd, est un homme aux multiples vocations : poète, créateur de motifs textiles, archéologue à ses heures perdues, éditeur de livres d’art… Mais il possède en plus un talent particulier : celui de dénicher des figures de l’ombre et de les remettre en lumière.
Lorsqu'il entend parler du destin tragique d'Ernst Guillaume Tempel, Iliazd sent qu’il tient quelque chose.
Né dans une modeste famille de Saxe au début du 19e siècle, ce Tempel n’a pas de formation académique, mais se passionne pour l’astronomie.
Embauché comme assistant à l’observatoire de Marseille, il met au jour de nombreux astéroïdes et comètes. Mais la communauté scientifique ne le prend pas au sérieux et refuse de reconnaître officiellement ses découvertes.
Il finit même par être chassé de France quand éclate la guerre contre la Prusse en 1870. Son nom tombe bientôt dans les oubliettes de l’Histoire… jusqu’à ce qu’Iliazd vienne l’en extirper !
C’est décidé, il va rendre hommage au travail de Tempel en lui dédiant un livre. Iliazd pioche dans les écrits laissés par le malheureux astronome et joue avec la typographie pour composer des mots et des phrases en forme de constellations ou d’étoiles filantes.
Iliazd et Max Ernst, 65 Maximiliana ou la pratique illégale de l’astronomie, détail de la page 5, collection particulière
"Depuis Pâques je porte dans ma poche l'annonce que mon télescope est à vendre"
Iliazd et Max Ernst, 65 Maximiliana ou la pratique illégale de l’astronomie, page 7, collection particulière
Iliazd et Max Ernst, 65 Maximiliana ou la pratique illégale de l’astronomie, page 12, collection particulière
Il confie les illustrations à l’artiste surréaliste Max Ernst. Celui-ci utilise une technique de gravure, l’aquatinte, qui donne des résultats proches de l’aquarelle.
L’ouvrage, publié à seulement soixante exemplaires en 1964, est un véritable bijou dans lequel règne l’harmonie entre texte et image, tant recherchée par Iliazd.
Mais au fait, pourquoi avoir choisi Max Ernst parmi ses nombreux amis artistes ? Eh bien pour commencer, ce dernier est comme lui féru d’astronomie. Mais d'amusantes coïncidences s'ajoutent à cela. Ernst, le nom de famille de l'artiste, est aussi le prénom de l'astronome amateur... et surtout l'anagramme de Stern, "étoile" en allemand.
Quant à la découverte majeure de Tempel, l'astéroïde numéro 65 aujourd'hui connu sous le nom de Cybèle, il l'avait initialement baptisé Maximiliana... ce qui fait écho au prénom du plasticien.
"Il avait du génie, mais pas de diplôme." Max Ernst au sujet d’Ernst Guillaume Tempel
Suivez l'étoile...
Cet été, c’est sous le ciel d’Alès qu’il faut filer pour admirer dans son intégralité cette œuvre exceptionnelle qu’est 65 Maximiliana ou la pratique illégale de l’astronomie. Le musée-bibliothèque Pierre André Benoitvous propose de plonger dans l’univers d’Iliazd, cet artiste surprenant et trop peu connu - peut-être éclipsé par ses collaborations avec de grands noms comme Picasso, Chagall ou Miró…
Jusqu’au 31 octobre, découvrez comment il a élevé la conception et la fabrication de livres au rang d’art total dans cette très belle et rare exposition rétrospective.
Bravo aux gagnantes du tirage au sort, Marianne F. et Huguette B. ! Chacune a été contactée pour récupérer son cadeau : un livre Artips ou un accès illimité à nos parcours culturels en ligne.
On remet les compteurs à zéro : le concours reprend dès la prochaine anecdote Artips Arts. Bonne chance !
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