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Vois-tu, je sais que tu m’attends

Où l’on dessine des retrouvailles bouleversantes.

Henri Matisse, Amélie Matisse et Marguerite Matisse dans l’atelier de Collioure, 1907. Photo : Archives Henri Matisse, DR

Henri Matisse, Intérieur à la fillette (La Lecture), automne-hiver 1905-1906, huile sur toile 72,7 x 59,7 cm, The Museum of Modern Art, New York

Janvier 1945, Vence. Le peintre Henri Matisse est impatient : ce jour-là, il doit recevoir Marguerite, sa fille aînée âgée de cinquante ans. En temps habituel, tous deux sont très proches. Marguerite a en effet grandi dans l’atelier familial, Henri l’a peinte plus d’une centaine de fois ! Mais depuis un an, il n’a plus de nouvelles... 

Alors, lorsque sa chère Marguerite arrive dans sa maison du sud de la France, c’est l’événement. S’il est encore en convalescence après s’être battu contre un cancer, Matisse a mis les petits plats dans les grands pour ces retrouvailles tant attendues.

Mais dès leurs premières conversations, l’artiste est stupéfait : il apprend que le silence de sa fille s’explique par... son engagement dans la Résistance !
Agente de liaison, elle approvisionnait les Francs-tireurs et partisans en armes et transmettait des messages. Hélas, victime d’une dénonciation, elle a été arrêtée par la Gestapo, torturée et partiellement défigurée. Elle ne doit sa survie qu’à son évasion d’un train qui l’emmenait en Allemagne.

Ce n’est qu’après quelques mois durant lesquels elle a dû rester cachée qu’elle vient raconter cette terrible histoire à son père. 

Henri Matisse, Marguerite lisant, été 1906, huile sur toile, 64,5 x 80,3 cm, Musée de Grenoble. Photo : J.L. Lacroix

Henri Matisse, Marguerite au chat (détail), début 1910, huile sur toile, 94 x 64 cm, Centre Pompidou Musée national d’art moderne, Paris. Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.GrandPalaisRmn / Georges Meguerditchian

Henri Matisse, Marguerite à Vence, série du Visage du retour, janvier 1945, fusain sur papier, 48 x 37 cm Collection particulière. Photo : © Jean-Louis Losi

Matisse est bouleversé. Cela fait vingt ans qu’il n’a pas fait le portrait de sa fille chérie, mais l’occasion est trop importante. Comme sa maladie l’empêche de se tenir debout trop longtemps, l’artiste affaibli se saisit de ses fusains. Il exécute ainsi plusieurs dessins où l’on distingue le visage de Marguerite : fidèle à son style, Henri simplifie au maximum ses traits. Cela ne l’empêche pas de saisir la douleur mais aussi le courage et la dignité de la résistante. On lit dans Visage du retour, comme il intitule ces œuvres, toute la tendresse d’un père pour sa fille. 

Si Matisse ne portraiturera plus Marguerite par la suite, le duo ne se quittera plus ! C’est d’ailleurs Marguerite qui veillera à son tour sur son père pendant ses dernières années...

 "Cette petite fille-là, il l’aimait, Matisse, comme il n’a peut-être jamais aimé personne." Louis Aragon à propos de Marguerite Matisse

En savoir plus

Sur les relations entre Henri Matisse et sa fille Marguerite (pdf)

Sur la famille Matisse pendant la Seconde Guerre mondiale (vidéo en anglais)

En cette journée du 8 mai, cliquez ici pour (re)découvrir nos anecdotes les plus émouvantes sur la Seconde Guerre mondiale

Raconté par Marie Vuillemin

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Iconographié par Aude Niclas

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