1170. L’Europe est sous le choc : l’archevêque anglais Thomas Becket vient d’être assassiné alors qu’il célébrait la messe. Les coupables ? Quatre chevaliers qui ont fait irruption au sein de sa cathédrale de Cantorbéry et qui paraissent travailler pour le roi d’Angleterre. Si le scandale est énorme, le crime va profiter à certains...
Albert Pierre Dawant, Le Meurtre de saint Thomas Becket, 114 x 151 cm, 1879, Les Pêcheries, Musée de Fécamp
Reliquaire de saint Thomas Becket, cuivre et émail champlevé, Limoges, vers 1190-1200. Photo : Jastrow
En effet, les croyants font de Thomas Becket un martyr et racontent que des miracles se produisent sur sa tombe. L’archevêque est donc très vite canonisé : il devient un saint! Ses reliques (c’est-à-dire ses restes) sont partagées entre plusieurs lieux de culte en Europe pour la vénération des fidèles.
Seulement voilà, pour protéger ces restes, il leur faut des "reliquaires", des coffrets qui pourront les contenir. C’est là qu’intervient la ville de Limoges qui est un centre d’art réputé... et sous domination anglaise à l'époque ! Ses artisans spécialisés dans la production d’objets précieux se frottent les mains : les commandes vont se succéder.
Ainsi, Thomas Becket devient le sujet principal de leurs œuvres pendant... trente ans ! Les artisans réalisent une série de reliquaires sur le même modèle. Un petit coffre rectangulaire en bois, qui a la forme d’un sarcophage antique miniature, est recouvert de plaques de cuivre. Son décor représente bien sûr le meurtre lui-même, parfois accompagné d’épisodes de la vie du saint.
Détail d'un reliquaire de saint Thomas Becket, 1190-1200, musée du Louvre, Paris. Photo : Marie-Lan Nguyen, Martin Le Roy Collection
Pour réaliser ces scènes, les artisans utilisent la gravure mais aussi l’émail dit "champlevé". Cette technique consiste à creuser des cavités dans le métal pour y déposer de la poudre de verre. À la cuisson, celle-ci devient dure et prend des couleurs éclatantes.
À gauche : Image extraite du reportage Châsses reliquaires émaillées, Centre de la Culture du Limousin Médiéval. À droite : Image extraite du reportage L’émail champlevé du Limousin, Vidéoguide Nouvelle-Aquitaine, 2019
Détail d'un reliquaire de saint Thomas Becket, 1180-1190, émaux champlevés, Victoria and Albert Museum de Londres
C’est d’ailleurs le bleu vif qui recouvre une partie des reliquaires qui a fait la réputation de Limoges.
En tout, une centaine de reliquaires auraient été produits en quelques décennies. Un chiffre impressionnant pour le Moyen Âge... et qui explique pourquoi ces coffrets de Thomas Becket se retrouvent dans de nombreux musées !