Où des problèmes d’argent donnent du fil à retordre à un sultan.
Palais de Topkapi, ancienne résidence du sultan Abdülmecid, Istanbul, Turquie. Photo : Julien Maury
Milieu du 19e siècle. L’Empire ottoman est en crise. Les réserves monétaires sont en péril : l’or est tout simplement en train de disparaître des porte-monnaie pour... mieux servir à la conception de somptueux habits !
Sous le règne du sultan Abdülmecid, on prend donc une décision radicale : les broderies cérémoniales du palais d’Istanbul sont fondues pour récupérer le métal précieux...
De l’or dans les vêtements? Eh oui, cette tradition est très forte dans l’Empire ottoman comme dans de nombreuses civilisations, du Maghreb jusqu’au Japon. Le métal, tissé ou brodé sur la soie, symbolise la richesse et le pouvoir. Pour certains, il éloigne les esprits maléfiques et protège ceux qui s’en parent. Avec le temps, le fil d’or apparaît même sur des coussins en lin et des tapis de sol.
L’industrie est donc florissante chez les Ottomans... et peut-être même un peu trop !
Certes, les artisans utilisent surtout la technique des filés métalliques qui permet d’économiser le métal: un ruban d’or ou d’argent doré est enroulé autour d’un fil de soie pour être tissé ou cousu. Au 17esiècle, on tente même de tricher en remplaçant l’or par du cuivre qui se corrode facilement: l’astuce est vite abandonnée.
Deux siècles plus tard, la vogue est telle que cette industrie commence à avoir un impact sur les finances de l’Empire. Voilà pourquoi le sultan lance cette opération choc qui permet de récupérer plus de 900kg de métal doré. Cela n’arrête pourtant ni les artisans, ni leurs commanditaires.
Alors, comment continuer à briller sans accaparer trop d’or ?
La solution n’apparaît qu’en 1946 avec l’invention du Lurex. Grâce à cette technique, qui n’utilise que de très faibles particules projetées sur du fil de polyester ou de nylon, le fil d’or va pouvoir continuer à envahir les garde-robes... sans inquiéter nos gouvernants !
Tissu en Lurex
"L’or est le souverain des souverains." Antoine de Rivarol
Les visiteurs y sont invités à traverser le temps et l’espace, du Maghreb jusqu’au Japon, à la découverte des fils qui relient l’or et les arts textiles.
Des robes flamboyantes de l’artiste contemporaine chinoise Guo Pei aux soieries tissées d’or des mondes indien et indonésien, en passant par les kimonos scintillants de l’ère Edo, vous allez en prendre plein les yeux!