Cliquez pour découvrir l'œuvre en détail Gao Qipei, Peinture des mille automnes, entre 1660 et 1734, encre au doigt sur papier, 330 x 127 cm, Musée Cernuschi, Paris
Une chauve-souris qui vole entre des troncs d'arbre, deux cerfs qui se regardent, des touffes d’herbe… Cette jolie peinture du début du 18e siècle cache un message mystérieux pour certains, mais limpide pour un observateur chinois ! Ici, en effet, tout est symbole de bonheur et de longévité.
La chauve-souris évoque la félicité puisque le mot fu, qui la désigne, est homophone du mot bonheur. L'arbre est un pin, toujours vert même en hiver. Il symbolise donc la vigueur, même dans la vieillesse. Quant à la figure du cerf, lu en chinois, elle renvoie – toujours par homophonie – à la rémunération, c'est-à-dire à la richesse. En bas, enfin, se nichent des champignons. Et pas n’importe lesquels ! Ce sont des lingzhi, utilisés dans la médecine traditionnelle chinoise et auxquels certains attribuaient la vertu de conférer l'immortalité.
De quoi éclairer le titre de l'œuvre, Peinture des mille automnes : il exprime le souhait que le propriétaire de l’œuvre vive encore de nombreuses années. Ce type de peinture pouvait justement être offert en cadeau, pour souhaiter une longue et heureuse vie au récipiendaire.
Détails de l'œuvre
Mais cette création de l’artiste Gao Qipei dissimule une deuxième particularité qui la distingue de la plupart des peintures chinoises… Elle n'est pas réalisée au pinceau, mais avec le doigt de l’artiste, virtuose dans cette pratique !
En apposant à plusieurs reprises ses empreintes digitales, il obtient des surfaces foncées, comme les troncs ou la robe des cerfs.
Détail de l'œuvre
Gao Qipei, Peinture au doigt, 1684, encre au doigt sur papier
À la pointe de l'ongle, Gao Qipei est aussi capable de dégager de fins détails, comme les cils des animaux. Cette technique, très peu pratiquée et difficile, est alors davantage considérée comme une démonstration de virtuosité que comme de l'art véritable. Cela n'a pas découragé l’artiste d’en faire sa spécialité après en avoir eu, selon la légende, l'idée en rêve.
Heureusement pour nous puisque nous pouvons, quelque 300 automnes plus tard, admirer son œuvre !
"Tout ce qui est exquis mûrit lentement." Arthur Schopenhauer