Où l’on découvre comment remonter le moral d’un malade à la Renaissance.
Couvent des Antonins de Saint-Joseph, Saint-Michel d'Issenheim. Photo : Rauenstein, CC BY 3.0
16e siècle, Alsace. Les religieux du monastère d’Issenheim sont débordés par l’afflux des malades. Tous sont atteints du même trouble, le "mal des ardents", dont on ignore alors l’origine. Et les symptômes sont très douloureux : convulsions, peau violacée, hallucinations, gangrène et déformation des membres… Brrr, il ne fait pas bon être touché par ce mystérieux mal !
Bien sûr, les religieux soignent leurs patients par des médicaments, et parfois des amputations. Mais ils disposent aussi d'un tout autre remède.
Matthias Grünewald et Nicolas de Haguenau, Retable d’Issenheim, retable fermé, 1512-1516, tempera et huile sur bois de tilleul, Musée Unterlinden, Colmar
Pour en bénéficier, direction la chapelle. Là-bas, les malades peuvent prier devant les reliques de saint Antoine, mais ils profitent aussi de la vue d’un spectaculaire retable de Matthias Grünewald. Huit panneaux peints et dix sculptures, rien que ça !
Mais au-delà de cette démesure, Grünewald est connu pour aimer les représentations de la souffrance, presque fantastiques. Il a ainsi représenté un Christ tordu de douleur et couvert de plaies. Sur un autre volet, saint Antoine figure en pleine hallucination face à d’horribles démons. L’un d’eux est même atteint du "mal des ardents".
Mais pourquoi imposer de telles visions à leurs pauvres patients ? C’est qu’à l’époque, on estime que ces derniers peuvent s’identifier au Christ et aux saints qui, eux aussi, ont souffert. Face à ces figures, ils doivent trouver du réconfort et la force de combattre la maladie.
Deuxième ouverture du retable, détail du panneau droit, saint Antoine accablé d'hallucinations, le démon en bas à gauche serait une représentation du "mal des ardents"
D’ailleurs, le retable est un véritable deux (voire trois) en un : les jours des fêtes, ses volets s’ouvrent en plusieurs fois pour laisser voir des scènes de joie. Le Christ apparaît désormais enfant, puis en pleine résurrection, victorieux de la mort. De quoi donner de l’espoir aux patients !
S’il a finalement quitté sa chapelle pour entrer au musée Unterlinden de Colmar, le retable émerveille toujours. Et c’est désormais lui dont on surveille la santé : l’œuvre a récemment été restaurée, ce qui lui a rendu toute sa beauté.
Première ouverture du retable, détail du Christ victorieux de la mort
Première ouverture du retable
"Il surgit dès qu’on entre, farouche, et il vous abasourdit aussitôt avec l’effroyable cauchemar d’un calvaire." Joris-Karl Huysmans au sujet du retable
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