Années 1860, dans le Berry. Dans sa maison de Nohant, George Sand, penchée sur son bureau, écrit frénétiquement, sous le coup de l’inspiration. Ayant besoin d’une pause, l’autrice se redresse soudain et monte dans l’atelier de son fils Maurice. Elle sort alors du matériel de… peinture.
Une écrivaine qui peint? Eh oui, l’éducation pour jeunes filles qu’elle a reçue lui a donné plus d’une corde à son arc: dessin, chant, danse… Bref, des activités à pratiquer pour être de bonne compagnie en société, mais qu'elles ne doivent surtout pas accomplir de manière professionnelle. George Sand dénonce d’ailleurs cette vision du rôle des femmes à travers ses écrits.
Mais ici, dans son cocon berrichon, loin de la société, la romancière utilise une technique particulière qui lui accorde plus de liberté.
Jules Dupré, George Sand en costume de Berrichonne, vers 1850, aquarelle et gouache sur papier, 44 x 31 cm, Musée de la Vie Romantique, Paris
George Sand et Maurice Sand, Paysage imaginaire, vers 1870-1876, aquarelle, 15 x 23 cm, collection privée
Elle écrase en effet quelques gouttes de gouache entre deux cartons, ce qui donne des arborescences au hasard. Elle complète ensuite ces "dendrites" (du grec "dendron" qui signifie "arbre") ou "aquarelles à l’écrasage" en y peignant des paysages.
Certes, toutes les vues qu’elle peint sont fantaisistes et proviennent de son imagination. Mais George Sand s'inspire directement de la nature, de ses lacs, végétaux et autres montagnes. Et dans le Berry, elle est servie !
George Sand, Paysage, 1850-1870, aquarelle, 16 x 24 cm, Musée de la Vie Romantique, Paris
L'écrivaine affectionne les forêts de sa région natale, et elle chérit profondément son jardin. Son domaine de Nohant et les alentours servent aussi de décors à ses plus grands ouvrages, comme La Petite Fadette ou La Mare au diable.
Et elle n’est pas la seule à y trouver l’inspiration ! George Sand reçoit ses nombreux amis à Nohant : parmi eux, Chopin y compose une bonne partie de son œuvre, Delacroix y séjourne à trois reprises, et peint même le jardin et les sous-bois…
Ainsi, quand la romancière s’éteint dans sa chambre, son lit est disposé près de la fenêtre afin qu’elle continue d’admirer son jardin. Ses derniers mots lui seront d’ailleurs dédiés : "Laissez verdure…".
Maison de George Sand, rez-de-chaussée, cheminée du salon. Photo : Benjamin Gavaudo / Centre des monuments nationaux
"J’aime Nohant avec une sorte de tendresse, comme un être qui m’a toujours été salutaire, calmant et fortifiant." George Sand
Pour se mettre au vert 🍃
Si George Sand n’est plus, sa maison témoigne toujours de son intense activité littéraire mais aussi picturale ! À Nohant, il est possible d’admirer ses fameuses "aquarelles à l’écrasage", tout comme explorer son bureau, et découvrir les gravures fantastiques de son fils Maurice, avant de se balader dans le parc préservé.
Un havre de paix pour marcher dans les pas de cette personnalité exceptionnelle !
À l’occasion du 150e anniversaire de sa disparition, la maison et tout le Berry s’animent d’une programmation passionnante: festival Chopin, théâtre, rencontres, visites, lectures partagées et expositions commémorent l’œuvre de George Sand. De quoi revivre le foisonnement artistique qu’a toujours connu Nohant!