Où l’on découvre un marchand d’art qui ne parvient pas à se déconnecter du travail.
Portrait de Wilhelm Uhde, vers 1910
Vers 1912. Le collectionneur et marchand d’art allemandWilhelm Uhde quitte Paris pour s’installer à Senlis. Ce défenseur acharné de Pablo Picasso, Georges Braque et Henri Rousseau a besoin de repos ! Pourtant cette petite ville de l’Oise lui réserve une surprise...
Il raconte qu'un soir, invité chez des bourgeois de la ville, il remarque une nature morte, posée dans un coin. Frappé par ses couleurs, il demande immédiatement qui en est l’auteur. "Séraphine" répond-on au collectionneur stupéfait, "votre femme de ménage". Qui est donc Séraphine ?
Orpheline très jeune, Séraphine Louis est placée comme domestique. Elle fait alors des ménages, ce qu’elle appelle ses "travaux noirs".
Mais en1905, son existence bascule. Alors qu’elle prie dans la cathédrale de Senlis, son ange gardien lui serait apparu et lui aurait ordonné de se mettre au dessin... Dans les années qui suivent, Séraphine Louis consacre tout son temps libre à son art, déployant une inventivité hors du commun. Elle imagine des toiles remplies de motifs végétaux exubérants et chatoyants.
Certaines de ses fleurs ressemblent parfois à des plumes, d’autres sont incrustées d’yeux étranges. L’artiste compose ainsi une nature imaginaire, hors du monde.
Séraphine Louis peignant, vers 1930
Séraphine Louis, L'Arbre de Paradis, 1928-1930, huile sur toile, 197 x 132 cm, MNAM / Centre de création industrielle - Centre Georges Pompidou
C’est elle qui réalise elle-même ses couleurs : elle utilise de la peinture industrielle Ripolin à laquelle elle ajoute des colorants et de la peinture à l'huile. Séraphine Louis gardera farouchement le secret de ses compositions... même si aujourd'hui des études scientifiques permettent d'analyser ses matériaux et son processus de création !
En 1912, Wilhelm Uhde est fasciné par ces peintures qui dégagent, selon lui, "une passion extraordinaire, une ferveur sacrée, une ardeur médiévale (…)". Il devient donc rapidement l'un des promoteurs de l’artiste.
Hélas, une crise économique détourne le marchand de Séraphine Louis. Désormais seule et désorientée, elle est internée avant de mourir en 1942. Mais grâce à Uhde et à d'autres acteurs du monde de l'art, son œuvre a voyagé bien au-delà de Senlis. Ses fleurs ornent aujourd’hui les murs des plus grands musées du monde !
Séraphine Louis, Marguerites, 1930-1931, huile sur toile, 60 x 81 cm, collection particulière
"Un seul thème : les fleurs, les feuilles, les fruits, mais des fleurs emplumées, des feuilles fantastiques, semées d’yeux exorbités, des fruits de songe, comme jamais arbre n’en porta." Bernard Dorival au sujet de l'art de Séraphine Louis
C'est le bouquet 💐
Justement, à partir du 31 octobre, tous les plus grands tableaux de Séraphine Louis sont exceptionnellement rassemblés en France !
Le Centre Pompidou-Metz organise une exposition passionnante qui remet à l’honneur cette artiste hors norme et inclassable qui a ébloui des générations de collectionneurs et de visiteurs. Dans "Séraphine Louis. De Senlis et sans rivale", on enquête aussi sur les liens de l’artiste avec la nature, et sur ses nombreuses sources d’inspiration, des vitraux de cathédrale aux images de dévotion populaire. De quoi (re)découvrir l’œuvre sous un nouveau jour...
Alors, faites-vous une fleur, et rendez-vous à Metz avant le 12 avril 2027 !