Où l’on rencontre un sculpteur qui a le sens du détail.
La basilique Sainte-Marie, Cracovie, Pologne, inaugurée en 1347. Photo : C. Messier, CC BY-SA 4.0
Cracovie, 1477. La basilique Sainte-Marie, véritable symbole de la ville, n'est plus aussi rayonnante. Depuis qu'un tremblement de terre a fait s’écrouler une partie de la voûte quelques années plus tôt, l’autel principal est totalement détruit. Heureusement, les Cracoviens peuvent compter sur Veit Stoss pour combler ce manque.
Ce sculpteur allemand est en effet commissionné pour élaborer un tout nouveau retable (la pièce décorative derrière l’autel). Et comme rien n’est trop beau pour la basilique, tous les moyens sont permis ! L'équivalent du budget annuel de la ville est alloué au projet : ce retable doit être le plus grand qui ait jamais existé.
Avec ses 13 mètres de haut et 11 mètres de large, aucun doute, la création de Stoss est vraiment impressionnante. Mais c'est en s'attardant sur les détails que l'on peut réellement apprécier son travail.
Veit Stoss, retable de Cracovie, 1477-1489, sculpture en bois de tilleul, chêne et larix, peinture et feuille d'or, 130 x 110 cm. Photo : Marmontel, CC BY 2.0
Détail du retable, panneau central, la Dormition de la Vierge Marie. Photo : Robert Breuer CC BY-SA 3.0
Pour sculpter ces scènes essentiellement consacrées à la vie de la Vierge Marie, l'artiste s'est en effet inspiré de certains traits des habitants de la ville. Veines saillantes, mains abîmées par le travail, calvities, marques de vieillissement… L'ensemble est si réaliste que des spécialistes ont pu les utiliser pour étudier les maladies de la peau dans la Cracovie médiévale !
Au total, Veit Stoss consacre douze ans de sa vie à ce chef-d’œuvre. Il réalise à lui seul toutes les sculptures, dont pas moins de 200 personnages, ne laissant à d'autres que le soin de les peindre.
Parvenu au bout de sa mission, l'artiste reçoit une jolie somme et surtout, une réputation mémorable.
Détail du retable, panneau de la Pentecôte. Photo : Robert Breuer CC BY-SA 3.0
Le retable, lui, sera malheureusement volé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale avant de revenir en Pologne après la défaite du Reich… en piteux état. Il faut attendre 2021 pour que des travaux de restauration parviennent à lui redonner sa splendeur initiale.
Depuis, l'œuvre de ce sculpteur passionné trône à nouveau fièrement au-dessus de l’autel, où les visiteurs continuent de l’admirer !
Des soldats américains et des travailleurs allemands organisant le rapatriement en Pologne du retable de Stoss depuis Nuremberg, avril 1946. Photo : US Government Printing Office
"Le seul domaine où le divin soit visible est l'art, quelque nom qu'on lui donne." André Malraux