Où on apprend que Napoléon pratiquait aussi la guerre économique.
Vrai billet de 5 florins autrichien, du 1er juin 1806, ce type de billet a été contrefait par les ateliers de faux de Napoléon Ier
1813, à Paris. L’assaut est lancé ! En pleine nuit, la police fracture la porte d’une maison suspecte, et c’est un sacré coup de filet : tout un trafic de faux billets vient d’être démantelé. Le préfet de police peut être fier de lui. Mais quand Savary, le Ministre de la police, débarque dans son bureau, ce n’est pas pour le féliciter, bien au contraire.
En effet, cet atelier clandestin est une opération secrète, commanditée par l’empereur Napoléon en personne ! Les faux-monnayeurs impliqués ont pour mission de fabriquer des faux billets étrangers afin de déstabiliser l’économie des nations ennemies. L’Autriche en a d’ailleurs fait les frais quelques années auparavant…
Mais comment des faux billets influencent-ils l’économie d’un pays ? Pour comprendre, il faut se pencher sur la "théorie quantitative de la monnaie", qui établit un lien entre la création monétaire et l’inflation.
En effet, plus il y a d’argent en circulation, plus le pouvoir d’achat augmente. Si jamais la production n'évolue pas, cela revient à une augmentation de la demande, et donc les prix s’alignent et augmentent aussi : on se retrouve en situation d’inflation. Avec un billet, on peut acheter de moins en moins de choses, et la monnaie perd de sa valeur. Si cette théorie n'est pas valide tout le temps, elle se vérifie sous certaines conditions, notamment en temps de conflit.
À gauche : assignat (billet) russe authentique / À droite : reproduction par les ateliers de faux de Napoléon
En pleine guerre napoléonienne, l’Autriche a déjà fortement augmenté sa fabrication de billets pour régler ses dépenses militaires.
En injectant en plus des millions de faux florins dans le pays ennemi, la France accélère l’inflation en cours. La crise économique est aussi précipitée par le doute semé par l’introduction des faux billets : la population n’a plus confiance dans sa monnaie. À tel point qu’en 1811 l’Autriche retire ces billets de la circulation. Opération réussie.
Après l’arrestation, le trafic de l’Empereur reprend, ciblant d’autres pays comme la Prusse ou la Russie, avec moins de succès. Il faut dire que les fautes d’orthographe sur ces faux billets les rendaient facilement repérables…
Jacques-Louis David, Portrait de l'empereur Napoléon dans son bureau des Tuileries (détail), 1812, huile sur toile, 203 x 125 cm, National Gallery of Art, Washington D.C.
"Mon intention est que cette opération se fasse avec secret et mystère." Napoléon