Où l’on découvre des librairies qui refusent de tourner la page.
La Fnac du quartier Montparnasse, Paris, 1974. Photo : DR
1974, Paris. Les libraires du quartier Montparnasse sont inquiets, un nouveau concurrent ouvre ses portes et ils craignent d’être mis à la marge.
En effet, le magasin Fnac qui vient de s’installer vend, pour la première fois, des livres. Avec 20% de rabais ! C’est le début d’une guerre qui va faire couler beaucoup d’encre.
Pour comprendre, il faut savoir qu’à cette époque, les livres disposent seulement d’un "prix de vente conseillé". Face aux prix cassés des grands magasins, les librairies traditionnelles qui ne peuvent pas s’aligner perdent leurs clients et risquent la fermeture.
Or, cela mènerait à une concentration des ventes dans les grandes structures, qui privilégient les best-sellers rentables, à la vente rapide et massive, au détriment des autres ouvrages. C’est dire adieu aux prises de risque, aux coups de cœur, ou à la découverte tardive de pépites…
Cliquez pour découvrir un reportage de l'INA sur le prix unique du livre, Journal de 20heures, 30 juillet 1981
Librairie papeterie rue de la Pompe, Paris, novembre 1940. Photo : Archives Brossolette
À l'inverse, les librairies, quand elles échappent à la pression des prix, se permettent d’équilibrer les bonnes ventes avec des livres plus confidentiels, qui s’écoulent lentement. Leur disparition diminuerait donc la variété culturelle des titres proposés. Alors la résistance s’organise !
Cliquez pour découvrir un extrait, Jérôme Lindon, La Fnac et les livres, Éditions de Minuit, 1978. Photo : Kouern via ebay, DR
L’éditeur Jérôme Lindon sort sa plume et rédige un pamphlet contre la Fnac. Lui et d’autres professionnels se font entendre en 1981, ce qui aboutit à l’adoption d’une loi sur le prix unique du livre.
Depuis, la règle est simple. En France, un ouvrage neuf coûte le même prix partout : en librairie, en grande surface et même en ligne. Son prix est fixé par la maison d'édition, on le retrouve parfois directement imprimé sur le livre. Une réduction maximum de 5 % est toutefois autorisée, souvent appliquée via les programmes de fidélité.
En protégeant le livre de cette logique de concurrence, le prix unique permet de maintenir un vaste réseau de librairies ainsi qu’une diversité dans les livres : c’est la "bibliodiversité". Les 3 500 librairies indépendantes du pays ont encore d’autres batailles à mener, mais elles n’ont pas dit leur dernier mot.
Quatre librairies indépendantes, de gauche à droite et de bas en haut : Violette and Co, librairie féministe et queer à Paris / Librairie Dérives à Lille, spécialisée en bandes dessinées / Librairie Mollat à Bordeaux, plus ancienne et plus grande librairie indépendante française en activité / Librairie Passages à Lyon, librairie généraliste
"Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux." Jules Renard