Où l’on découvre comment bâtir de meilleures conditions de vie.
1956. Sur les quais de Seine, au cœur de Paris, une grue dépose un étrange bloc de bois et d’aluminium. Puis une cuisine arrive par les airs. En quelques heures à peine, c’est une maison entière qui prend forme !
Brochure de présentation
de la Ligue nationale contre
le taudis, fondée en 1924. Photo : ANMT 6 AS 29, Max Lazard
Cette habitation étonnante sort tout droit de l’imagination de l’architecte JeanProuvé. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une œuvre d’art, mais d’une vraie proposition de logement d’urgence.
En effet, la crise du logement ne date pas d’hier… Dès le milieu du 19e siècle, la révolution industrielle provoque un exode rural massif. La population, attirée par le travail dans les usines, se massifie dans les villes. On voit alors apparaître des "taudis", habitats exigus et insalubres.
En réponse, plusieurs initiatives voient le jour. Le patronat fait construire des corons, des cités-jardins ou encore des cités pavillonnaires. À la fin du 19e siècle, des sociétés immobilières proposent des Habitations Bon Marché pour les foyers modestes. Il existe aussi des aides privées et philanthropiques, mais rien de systématique.
C’est qu’initialement, l’État considère que c’est aux individus de subvenir à leurs besoins. Il s’empare au fur et à mesure de la question, en imposant par exemple des normes sanitaires dans l’entre-deux-guerres.
Malgré ces efforts, il faut attendre les années 1950 pour voir émerger une véritable politique sociale du logement. Les plus précaires restent cependant toujours exclus des logements dignes…
Cité-jardin Darcy à Hénin-Beaumont
(Pas-de-Calais), construite par
la compagnie des mines de Dourges
à partir de 1909, vue prise en 1913. Photo : DR, Consortium de l’industrie textile
de Roubaix-Tourcoing, ANMT 1996 110 415
La situation devient critique durant l’hiver 1954 : alors qu’un froid glacial s’abat sur la France, des centaines de personnes dorment encore dans des bidonvilles. Un enfant meurt de froid... Il faut agir !
Le gouvernement prend enfin la mesure du problème, et lance un énorme programme de construction de HLM, les Habitations à Loyer Modéré que l'on connaît encore aujourd'hui.
C’est aussi en réponse à ce drame que Jean Prouvé conçoit sa maison en kit, montable en un rien de temps. Exposée sur un quai prestigieux de Paris, elle propose une solution concrète et rend le problème bien visible.
Si cet habitat ne sera jamais produit à grande échelle, son impact symbolique reste fort. Et en la baptisant la Maison des Jours Meilleurs, l’architecte porte un véritable message d’espoir.
Plan d’habitation bon marché
pour un logement de
3 pièces en immeuble avec
système de chauffage central, Compagnie
nationale des radiateurs, projet de construction
de 4 000 logements porté par
le Consortium de l’industrie textile
de Roubaix-Tourcoing (Nord), 1929. Photo : ANMT 1996 110 41
Jean Prouvé, Maison des Jours Meilleurs, exposition de l'Habitation, Salon des arts ménagers Quai Alexandre-III, Paris, février 1956. Photo : Fonds Jean Prouvé. Centre-Pompidou, MNAM/CCI, Bibliothèque Kandinsky, Dist RMN-GP
"Jean Prouvé a élevé sur le quai Alexandre III la plus belle maison que je connaisse : le plus parfait moyen d'habitation, le plus étincelante chose construite." Le Corbusier, à propos de la Maison des Jours Meilleurs
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Malgré les avancées sociales, l’accès à un logement décent pour tous reste une problématique majeure. Et ce n’est qu’un aspect des inégalités de notre société…