Bedřich Fritta, La vie à Theresienstadt, dessin réalisé dans le camp-ghetto, 1943-1944
1943, ancienne Tchécoslovaquie. Au camp-ghetto de Theresienstadt (ou Terezín), plusieurs enfants passent une curieuse audition. La petite Ela Stein, notamment, entonne un chant devant les adultes avant de se voir attribuer le rôle... d’un chat.
Pour comprendre, il faut savoir que Theresienstadt est un camp particulier. Si les conditions de vie y sont terribles, les détenus juifs ont l’autorisation de pratiquer la musique.
En effet, les nazis se servent du camp pour leur propagande : ils tentent de faire croire que leurs prisonniers sont bien traités.
Voilà pourquoi plusieurs adultes, dont le compositeur Hans Krása, s’engouffrent dans la (petite) brèche. Pour occuper les enfants et leur changer les idées, ils montent un opéra du nom de Brundibár. Krása l’a composé quelques années plus tôt mais n’a jamais eu l’occasion de le jouer devant un véritable public.
Avec d’autres artistes dans le camp, il arrange sa partition pour l’orchestre de 13instruments disponibles à Theresienstadt, se démène pour réaliser des décors et fait passer les fameuses auditions aux enfants qui joueront les rôles principaux.
Hans Krása, avant 1935
Cliquez pour découvrir la représentation de Brundibár en 1944, extrait du film de propagande nazie, Theresienstadt. Un documentaire sur la zone de peuplement juif, réalisé par Kurt Gerron, Karel Pečený
Walter Heimann, Affiche pour une représentation de Brundibár à Theresienstadt en 1944, aquarelle, Yale Repertory Theatre, New Haven
Dès les premières représentations, les prisonniers sont aux premières loges ! Brundibár raconte l’histoire de deux enfants, résolus à soigner leur maman malade, qui doivent braver un redoutable tyran, grâce à l’aide des autres enfants et des animaux... dont le Chat d’Ela Stein.
Certes, l’opéra ne parle pas directement du camp, mais pour les détenus, la référence est évidente. En racontant qu’il est possible de faire tomber les dictateurs, l’œuvre apporte réconfort et espoir à tous. Son succès s’explique aussi par ses mélodies divertissantes, qui intègrent des bouts de jazz et de folklore.
Hélas, l’histoire se termine de manière tragique pour une grande partie des artistes, dont Krása, déportés à Auschwitz d'où ils ne reviendront pas. Mais leur œuvre leur a survécu : elle continue de témoigner de la résistance au cœur des camps...
"Ce temps sur scène nous offrait un moment de liberté (...). Et puis à nos yeux, Brundibár, c'était Hitler... nous voulions vaincre ce méchant !" Ela Stein Weissberger, survivante du camp
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Redécouvert dans les années 1970, l’opéra Brundibárest désormais joué sur les scènes du monde entier ! Devenu un classique, il enseigne toujours l’espoir, le courage et la solidarité aux petits... comme aux grands.
Entre le 3 et le 7 juin 2026, c’est à l’Opéra-Comique, à Paris, que l’œuvre reprend vie ! Ce grand moment de théâtre, accessible aux plus jeunes, est mis en scène par deux pointures, Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti.