1936, États-Unis. Le jazz bat son plein au pays de l’Oncle Sam ! L’heure est d’ailleurs au swing:une variante plus rythmique que jamais, qui fait danser les foules avec ses trompettes, ses percussions et sa contrebasse.
Seul problème : le son de cette dernière est souvent couvert par la batterie. Et en plus, elle est bien trop encombrante et ne peut pas être déplacée facilement !
Heureusement, Paul Tutmarc a la solution. Ce professeur de musique aime en effet mener des expériences sur son temps libre.
Junior Raglin jouant de la contrebasse, 1946, New York. Photo : William P. Gottlieb
Paul Tutmarc devant son studio à Seattle, années 1930
Justement, cela fait maintenant quelques années qu’il s’amuse à créer des versions électriques des instruments acoustiques.
Il a ainsi l’idée de fusionner deux instruments:la contrebasse et la guitare électrique, alors en pleine ascension. Du premier, il garde les tonalités graves et les quatre cordes. Et il s’inspire du deuxième pour ajouter des frettes sur le manche (autrement dit des repères pour délimiter les notes) et des micros reliés à un amplificateur.
Tada, la basse électrique vient de naître !
Enfin, pour le moment elle s’appelle la "basse Audiovox modèle 736", mais à part ça, tout est déjà là. Grâce à son son réglable et beaucoup plus puissant, sa taille diminue jusqu’à être à peine plus grande qu’une guitare.
D’ailleurs, plus besoin de la tenir debout, elle se joue maintenant à l’horizontale !
Malheureusement pour Tutmarc, son invention ne rencontre pas tout de suite le succès : il faut attendre les années 1970 pour que le jazz-rock finisse de rendre la basse électrique incontournable.
Comparaison de la taille d'un ukulélé basse (gauche), d'une contrebasse (milieu) et d'une guitare basse (droite). Photo : Vancouver Bass Lessons
Modèle de basse 1977 Music Man Stingray. Photo : Roadside Guitars
Plusieurs modèles sont alors produits par les firmes Fender, Gibson ou Höffner, faisant d’elle un instrument à part entière. Certains jazzmen abandonnent même complètement leur contrebasse pour elle, et peu à peu, la basse s’impose comme un pilier des sons rock, pop, punk, metal…
Gail Ann Dorsey jouant Stop on By à la télévision britannique, 1986. Photo : westwoodcreative via YouTube
Des prodiges comme Jaco Pastorius, Gail Ann Dorsey ou Flea vont d’ailleurs encore plus loin en lui donnant ses lettres de noblesse grâce à des solos mémorables.
Une chose est sûre : avec son invention pionnière, Paul Tutmarc a révolutionné les sons de nos musiques populaires !
"C'est à voix basse qu'on enchante." Paul-Jean Toulet