1956, Afrique du Sud. Miriam Makeba enregistre une chanson qui sort de son registre habituel : Sophiatown is gone ("Sophiatown a disparu"). De sa voix poignante, l’artiste raconte l’histoire du quartier de Johannesburg qui l’a vue grandir. Hélas, il s’agit plutôt d’une histoire funeste…
En effet, depuis plusieurs années, les lois de l’apartheid régissent le pays. La population est strictement séparée selon sa couleur de peau, et les pouvoirs politiques et économiques sont réservés aux Blancs.
Joueurs de musique à Sophiatown au début des années 1950. Photo : South African History Online
Dans ce contexte, les autorités se méfient du quartier noir de Sophiatown, où des musiciens venus du monde entier se rencontrent, festoient et luttent. En 1955, elles s’emparent des lieux et expulsent les habitants noirs, dont Miriam Makeba. Seuls les Blancs peuvent désormais y mettre les pieds.
Pour Makeba, c’est un déchirement. C’est là que sa carrière a commencé quand elle était jeune fille : alors qu’elle chante à la chorale de l’église, sa voix séduit la vedette du groupe des Manhattan Brothers… au point qu’elle est engagée comme soliste.
Vue de Sophiatown Street au début des années 1950. Photo : Bob Gosani, BAHA, South African History Online
Avec Sophiatown is gone, Miriam Makeba rend donc hommage à son quartier. Certes, elle y chante la destruction, mais elle honore aussi les traditions chorales sud-africaines, tout en les mêlant à des influences jazz et folk. Un mélange savant et réussi, qui ajoute à ce chant de deuil une tonalité dansante !
Désormais, chanson et politique ne font plus qu’un pour l’artiste. Alors forcément, quand un réalisateur américain lui demande de venir chanter dans un film documentaire qui dénonce l’apartheid, elle n’hésite pas une seconde… Hélas, le régime sud-africain, inquiet de son influence, profite de son voyage pour lui retirer son passeport et lui interdit de revenir dans le pays.
Miriam Makeba en concert en 1969. Photo : Af Sallstedts bildbyrå/Nordiska museet, CC BY 4.0
Cliquez pour découvrir un extrait du film documentaire Come Back, Africa, réalisé par Lionel Rogosin, 1959
Il faut attendre 1990, après trente ans d’exil, pour que la chanteuse puisse enfin retrouver son pays. Mais c’est un accueil triomphal qu’on réserve à celle qui est désormais surnommée “l’impératrice de la chanson africaine” !
"Je ne chante pas la politique. Je chante simplement la vérité." Miriam Makeba
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