Mariage, mars 1940. Photo : John Oxley Library, State Library of Queensland, Australie
Vive les mariés ! Alors que les nouveaux époux se dirigent vers la sortie de l’église, la marche nuptiale légère et sautillante de Félix Mendelssohn se fait entendre. Si l’on s’attend à l’entendre dans ce contexte, ce morceau n’est pas aussi romantique qu’on pourrait le croire.
Pour comprendre, retour en 1843...
Mendelssohn est alors l’un des plus célèbres compositeurs allemands. C’est à la demande du roi de Prusse qu’il ajoute cette marche nuptiale à son répertoire. Ce type d’air est bien connu, et de nombreuses marches destinées à rythmer l’entrée et la sortie des mariages ont déjà été écrites. Mais celle de Mendelssohn n’est pas censée se faire entendre dans les églises.
En effet, elle fait partie d’un ensemble musical du compositeur qui doit accompagner la représentation du Songe d’une nuit d’été. Dans cette pièce de Shakespeare, elle intervient au moment d’une union étonnante : celle de la reine des fées et d’un homme métamorphosé en âne.
Wilhelm Hensel, Portrait de Mendelssohn, 1847, Stadtmuseum Düsseldorf
Edwin Landseer, La reine de fées Titania et l'âne Bottom, 1848-1851, huile sur toile, 82 x 133 cm, National Gallery of Victoria, Australie
Dans l’histoire, ce mariage n’est pas très heureux. Au contraire, il s’agit d’une parodie d’union entre deux personnages rendus confus par un sortilège mal intentionné. Non seulement, leur amour est ridicule, mais il est faux ! Leur rupture est d’ailleurs consommée peu après.
Mais alors comment cette musique a-t-elle atterri dans nos mariages ? C’est que Mendelssohn compte une admiratrice éperdue en Angleterre : la princesse Victoria! Pour son mariage, "Vicky" réclame cette marche nuptiale et en lance la mode. Elle est ensuite adoptée progressivement dans tous les pays occidentaux.
John Phillip, Le mariage de la princesse Victoria et Frédéric de Prusse, 25 janvier 1858 (détail), 1860, huile sur toile, 103 x 184 cm, Royal Collection, Kensington Palace, Londres
Pierre Petit, Portrait de Richard Wagner, 1861 Cliquez sur l'image pour écouter la marche nuptiale de Wagner tirée de Lohengrin
Sa principale concurrente, la marche de Wagner, a aussi sa part d’ombre. Plus solennelle et donc plutôt utilisée pour les entrées de mariage, elle a, quant à elle, été composée pour un opéra, Lohengrin. Et l'union qu'elle y accompagne se termine... de manière tragique.
Décidément, si vous vous mariez bientôt, on espère que vous n’êtes pas superstitieux !
"Le langage de l’amour a une si douce musique que l’on se préoccupe peu des paroles". Alphonse Karr