Mars 1847, Paris. Les auteurs Victor Parizot et Paul Henrion profitent d’une eau sucrée sur la terrasse d’un célèbre café-concert en compagnie du compositeur Ernest Bourget. Mais soudain, leur moment de détente est interrompu…
L’orchestre vient d’entamer les premières notes du titre Les Dîners Parisiens, que Bourget et Parizot ont coécrit. Le problème, c’est que le café ne leur en a pas demandé l’autorisation. Et pour couronner le tout, les trois hommes réalisent que le prix des boissons a augmenté en raison du concert.
Outrés, ils refusent de payer leur commande. Non seulement l’établissement utilise leur morceau sans les prévenir ni les rémunérer, mais en plus il gagne en clientèle et donc en recettes grâce à eux !
Une autre pièce écrite par Ernest Bourget et mise en musique par Victor Parizot, L'Humour Britannique, 1866, Compagnie Musicale E. Gérard et Cie Editeurs
Nos trois amis ne comptent pas en rester là. Bientôt, ils entament une série de procès envers les propriétaires du café, et sont aidés par l’éditeur Jules Colombier, qui leur assure le paiement de la caution devant le tribunal de Commerce.
Finalement, la justice leur donne raison. Seul l’auteur a le droit de décider de l’utilisation de son œuvre, et dans ce cas précis les artistes doivent bel et bien être payés. Si les musiciens sont rassurés par ce verdict, rien n’empêche que l’affaire se reproduise : ils cherchent donc un moyen de protéger leurs morceaux.
S'ils continuent à multiplier (avec succès) les procès à l’encontre des personnes qui utilisent leurs répertoires sans les rémunérer, ils prennent surtout la décision en 1851 de créer une structure durable qui prend la forme d’une société civile : la Sacem, Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de musique.
Sa mission ? Collecter les droits d’auteurs auprès des diffuseurs, pour ensuite les redistribuer à leurs créateurs.
De cette façon, à chaque fois qu’une musique est diffusée, dans un opéra, dans un café-concert ou aujourd’hui sur une plateforme d’écoute, ceux qui l’ont créée perçoivent une rémunération.
Avec le temps, la Sacem obtient un fort succès et étend son action à bien d’autres œuvres que celles de Parizot, Henrion et Bourget. Aujourd’hui, elle compte même plus de 250000 membres… Chapeau les artistes !
"Ma vie a changé, depuis qu’j’ai goûté la Sacem." Les rappeurs L2B et RSKO
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Cette année, la Sacem célèbre ses 175 ans ! C’est donc l’occasion parfaite pour cette institution pionnière qui protège la création et sa diffusion de mettre à l’honneur sa longue histoire.
Camélia Jordana devant l'archive Sacem de la chanson "Bonjour" : texte manuscrit, Rachid Taha, Gaëtan Roussel, F K O Music / Universal Music Publishing / Gazoline. Photo : Aglaé Bory
Et ce n’est pas tout : la Sacem propose aussi une exposition originale et itinérante imaginée par Clémentine Deroudille accompagnée de Violette Gauthier.
On y trouvera Albin de la Simone qui croque les dates clés de la Sacem, mais aussi Robert Doisneau qui documente (en photos) l’écriture d’une chanson, et la photographe Aglaé Bory accompagnée des créateurs et créatrices d’aujourd’hui posant avec des archives marquantes. Sans oublier les rappeurs qui prouvent que la Sacem inspire toujours !
Cette exposition viendra s’installer au siège de la Sacem cet automne avant de parcourir la France à la rencontre du plus grand nombre. Alors, joyeux anniversaire !