William P. Gottlieb, Billie Holiday chantant au Downbeat club, sur la 52erue, NewYork, vers 1947, Library of Congress, Washington D.C.
New York, 1933. À seulement 18 ans, la chanteuse Billie Holiday se produit dans les clubs de jazz de la célèbre 52e rue. C’est là qu’un soir, dans le public, un jeune garçon, qui rêve lui aussi d’une carrière de chanteur, l’entend pour la première fois. Et c’est le coup de foudre artistique !
En effet, ce fils d’immigrés italiens, un certain Frank Sinatra, est subjugué par la voix et l’interprétation de Billie Holiday.
Il faut dire que la jeune femme a déjà vécu plusieurs vies en une, toutes empreintes de pauvreté et de violence. Dans les années 1930, l’artiste conquiert petit à petit le monde du jazz avec ses performances intimistes imprégnées de blues.
Frank Sinatra, vers 1940, photo publicitaire de la MGM
Cliquez pour découvrir les interprétations de These Foolish Things par Billie Holiday et Frank Sinatra
Par la suite, si Frank Sinatra parvient à lancer sa carrière de "crooner" (un chanteur à la voix chaleureuse), il n’oublie pas ce moment fondateur. Au fil du temps, lorsque les deux artistes se croisent à la sortie des clubs, il en profite pour demander des conseils à Holiday : comment travailler son phrasé, lier certaines notes ou encore retenir la tension… Sinatra confie même que Holiday est la plus grande influence musicale de sa vie.
S’ils ne collaborent pas directement, ils interprètent parfois successivement, comme cela se fait à l’époque, les mêmes standards de jazz. Sinatra, transcendé par l’interprétation que Holiday fait de titres comme These Foolish Things, les chante lui aussi plus tard dans sa carrière.
Et celle que l’on surnomme "Lady Day" ouvre en 1958 son album avec le classique I'm a Fool to Want You, co-écrit par Sinatra.
Aussi, quand Holiday est hospitalisée en juillet 1959, le crooner se précipite à son chevet. À son décès quelques jours plus tard, la peine de Sinatra est si grande qu'il s’enferme chez lui pour pleurer pendant deux jours. En 1969, il enregistre une chanson intitulée Lady Day, comme un ultime hommage à son amie et idole…
Frank Sinatra, Lady Day, 1969, Reprise Records
"Elle savait exprimer plus d'émotion en un seul refrain que la plupart des actrices en trois actes." Jeanne Moreau, au sujet de Billie Holiday
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