Cliquez pour découvrir le clip Erghad Afewo de Tinariwen, réalisé par Axel Digoix, 2026. Photo : capture d'écran via YouTube
Début des années 1990, Libye. Dans un camp de militants touaregs près de Tripoli, un drôle de manège s’installe. Toute la journée, un balai incessant de personnes défile autour de l’une des tentes, cassettes à la main. À quoi cela rime-t-il ? À l’intérieur, les jeunes membres du groupe Tinariwen, fondé par Ibrahim Ag Alhabib, se sont improvisé un studio d’enregistrement de fortune.
Leur démarche est claire : quiconque y entre avec une cassette vierge peut ressortir avec l’un de leurs morceaux enregistré dessus gratuitement. Autant dire que l’idée a du succès !
Si le projet plaît tant, c’est qu’il prend racine dans un moment très particulier de l’histoire des Touaregs. Ce peuple nomade ancestral a en effet subi pendant des décennies les décisions politiques des colons occidentaux, qui ont redessiné la carte du Sahara à de multiples reprises. Résultat : les Touaregs ne peuvent plus vivre en totale indépendance comme autrefois, et les États dans lesquels ils vivent désormais, comme le Mali ou le Niger, les marginalisent.
Cliquez pour découvrir le clip Erghad Afewo de Tinariwen, réalisé par Axel Digoix, 2026. Photo : capture d'écran via YouTube
Caravane de Touaregs dans le Sahara algérien, 1990. Photo : Yelles C.M.A., CC BY 3.0
La situation est si difficile que de nombreuses familles subissent la famine ou s’exilent vers des pays plus au nord. Alors la rébellion s’organise.
Si certains prennent les armes pour revendiquer leurs droits et leur identité culturelle, les membres de Tinariwen, eux, se saisissent de leurs instruments. Rapidement, leurs textes engagés qui racontent l’exil et la solitude, et leur style hors du commun, font le tour du Sahara grâce à la diffusion des cassettes.
D’ailleurs, même après la rébellion et la signature des accords de paix, Tinariwen continue son ascension !
L’association des rythmiques et mélodies issues de la tradition poétique touareg, et des sonorités blues et rock produites par la guitare électrique, crée un mélange inattendu qui plaît à l’international. Bientôt, on leur attribue même la création d’un genre musical nouveau : "le blues du désert". Loin de sa tente libyenne, la formation de Tinariwen se produit désormais sur les plus grandes scènes du monde. Mais les musiciens n’oublient pas pour autant d’où ils viennent : leurs chansons continuent de porter la voix de leur peuple...
Le groupe Tinariwen jouant au festival The Songlines World Music Awards, Barbican, Londres, Royaume-Uni. Photo : Julio Etchart, Alamy Images
"Fais de ta plainte un chant d’amour pour ne plus savoir que tu souffres." Proverbe touareg