1985, au large de Terre-Neuve. Une mission d’exploration vient de retrouver l’épave du Titanic ! Mais quand les premières images sont publiées, on peine à reconnaître le fameux paquebot : il est entièrement recouvert par la faune et la flore.
Vue de la proue submergée du Titanic, recouverte de biofilm. Photo : Courtesy of NOAA/Institute for Exploration/University of Rhode Island (NOAA/IFE/URI)
Voilà qui est tout à fait normal. Un objet immergé dans l’eau (rochers, coquillages, poteaux…) se retrouve tôt ou tard colonisé par des micro-organismes. On y trouve un écosystème varié où se côtoient micro-algues, champignons ou encore bactéries. Cette couche composée d’organismes vivants se nomme le "biofilm".
Depuis quelques années, les scientifiques découvrent le biofilm à un endroit inattendu: sur les déchets plastiques…
Biofilm sur une roche sur laquelle coule de l'eau, Puente del Inca, Mendoza River, Argentine. Photo : Diego Tirira, CC BY 2.0
Avec environ 11 millions de tonnes de plastique qui peuvent se retrouver dans les océans chaque année, il y a de quoi faire. Ces détritus viennent principalement des déchets abandonnés sur terre, charriés par le vent et les cours d’eau.
Bien que la surface du plastique soit généralement lisse, le biofilm crée de l’adhérence et permet ainsi à des organismes plus gros de s’y accrocher, comme les balanes, une espèce de crustacés. Pour désigner cet écosystème inédit qui se forme sur ces déchets flottants, on parle même de "plastisphère".
Bouée recouverte de biofilm. Photo : Race for Water, DR
On avait déjà étudié de telles colonies sur des débris proches de la surface auparavant, mais sur du bois ou des algues.
La différence, c’est que le plastique est artificiel et conçu pour durer, ce matériau met alors de nombreuses années voire décennies à se dégrader. La plastisphère qui s’est développée va donc voguer très longtemps et très loin, au gré des courants.
Bouteille d'eau recouverte de biofilm. Photo : Centre de ressources Espèces exotiques envahissantes, DR
Or, ces déchets flottants peuvent héberger des bactéries dites "pathogènes". Elles représentent un risque pour leur milieu d’arrivée, soit en tant qu’espèce invasive, soit directement en infectant des espèces locales... Notre radeau de la Méduse deviendrait alors un cheval de Troie bactériologique.
Contrairement au Titanic, nous voyons le danger arriver. À nous de faire en sorte de ne pas sombrer vers la catastrophe !
"Il n'y a pas de passagers sur le vaisseau Terre. Nous sommes tous des membres de l'équipage." Marshall McLuhan
Au milieu de l'océan 🌊
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