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La Chose venue de l'Est

Où l’on découvre que les cadeaux
ont parfois des oreilles.

Bureau de la Spaso House, utilisé par le secrétaire d'État Marshall en 1947, le sceau est visible à gauche, accroché au mur. Photo : National Cryptologic Museum

1951, Moscou. En ce début de guerre froide, un opérateur radio britannique écoute un canal ouvert (libre d'accès) soviétique. Et là, surprise : il entend des conversations de l'ambassade des États-Unis ! Ces derniers étant alliés avec le Royaume-Uni, il prévient les membres de leur ambassade, qui fouillent alors scrupuleusement leurs bureaux, et finissent par trouver le dispositif d'écoute... dans un grand sceau en bois sculpté.

Cette œuvre avait été offerte à l'ambassadeur étasunien en URSS quelques années auparavant, comme symbole d'amitié entre les deux nations. Un cadeau sacrément empoisonné… 

Le sceau offert par l'URSS aux États-Unis. Photo : Archives de la NASA

Réplique du dispositif "La Chose", caché dans le sceau. Photo : Austin Mils, CC BY-SA 2.0

Et ce qui est incroyable, c’est qu’il ne contient aucun système électronique ! Mais alors, comment écoute-t-il les conversations ?

Le sceau contient en fait une cavité dans laquelle repose un ingénieux dispositif, bientôt surnommé "La Chose". Il consiste en un mince tube métallique de 23 cm surmonté d'une petite membrane. Pour fonctionner, des espions envoient depuis l'extérieur un signal à haute fréquence, qui peut parcourir de grandes distances et traverser les murs, en direction de La Chose.

Le tube se met alors à vibrer et va renvoyer ce signal à l’identique, comme un miroir qui réfléchit de la lumière. Mais si quelqu'un parle à proximité de La Chose, le son de la voix fait vibrer sa membrane, à la manière d'un microphone, ce qui fait aussi vibrer le tube.

Dès lors, le signal radio réfléchi par le tube est modifié par la vibration de la voix. On dit que le signal est "modulé". Une fois le signal modulé renvoyé et reçu, il est possible de le démoduler pour récupérer uniquement la partie correspondant au son. C’est le même principe qui nous permet d’écouter un poste de radio (en mode AM).

Quant à La Chose, on la doit à l'inventeur soviétique Léon Thérémine, surtout connu pour avoir créé le thérémine, l'un des tout premiers instruments de musique électronique. De la musique à l'espionnage, il n'y a qu'un pas ! 

Portrait de Léon Thérémine en 1928, Genthe photograph collection. Photo : Library of Congress, Washington

"La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui écoute." Montaigne 

En savoir plus

Sur La Chose

Sur de célèbres espions de la Guerre Froide

Sur le thérémine (une anecdote à retrouver sur notre site)

Raconté par Thibaut Meurisse

Plus d'information sur le rédacteur

Iconographié par Aude Niclas

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