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On s'était perdus de vue !

Où l’on découvre un poisson qui revient d’entre les morts.

L'archipel des Moluques, Indonésie. Photo : DR

2024, Indonésie. Dans l’archipel des Moluques, deux plongeurs français arpentent les fonds marins pour collecter des données scientifiques sur cet écosystème singulier. Tout à coup, l’un d’eux pousse un cri : il vient de tomber nez à nez avec un cœlacanthe d’un mètre de long ! Après tant de recherches, ils n'y croyaient plus, et pourtant le poisson nage devant leurs yeux ébahis.

Observation in situ du premier cœlacanthe de l’archipel des Moluques, en Indonésie, fin 2024. Photo : Alexis Chappuis, DR

Si un spécimen avait été pêché en 1997, c'est bien la première fois qu'on observe ce poisson dans son milieu naturel. Avant cela, on pensait encore qu'il était disparu depuis des millions d'années !

Le cœlacanthe indonésien est donc rentré dans le club des espèces dites "Lazare", en référence au personnage biblique de Lazare de Béthanie, qui aurait ressuscité. Il s’agit d'espèces animales ou végétales que l'on pensait éteintes mais dont on retrouve des spécimens bien vivants. 

Évidemment, nos plongeurs n’ont pas assisté à un miracle : on avait seulement perdu la trace de cet animal… Mais comment est-ce possible ? Eh bien, les scientifiques avancent deux types d’explication au phénomène.  

La rousserolle à grand bec, pensée disparue en 1867 et réapparue en Thaïlande en 2006. Photo : Pavel Kvartalnov, CC BY 3.0

La première est dite stratigraphique : on estime une espèce éteinte parce qu'on ne possède pas de fossiles récents. Sauf qu’elle a bien continué sa vie sans qu’on le sache, l’absence de fossiles ne signifie pas forcément absence d’individus. La fossilisation est un processus rare, et les découvertes sont incomplètes. Cette "disparition" est artificielle et simplement due à un manque d’informations. 

À gauche : Fossile de cœlacanthe retrouvé à Ambilobe, Madagascar, Muséum de Toulouse. Photo : CC BY 3.0

La deuxième explication est biologique. L’espèce Lazare a survécu à une grande crise, comme l’extinction de masse subie par les dinosaures, et les quelques survivants jouent à cache-cache. Soit leur population reste très réduite, soit ils se cachent dans des zones refuges. Difficile de les repérer dans ces conditions ! Pour notre cœlacanthe indonésien, la balance pencherait plutôt en faveur de la première hypothèse. 
L’effet Lazare réserve souvent de belles surprises, avec à la clé une meilleure compréhension de l’évolution des espèces. 

Un siècle auparavant, une autre espèce de cœlacanthe avait d’ailleurs été redécouverte en Afrique du Sud. Alors la prochaine fois que vous enfilez vos palmes et votre tuba, ouvrez l’œil ! 

Observation d'un cœlacanthe d'Afrique du Sud en 2010 lors du projet Gombessa. Photo : Laurent Ballesta, DR 

"La résurrection (…) est la chose du monde la plus simple. Il n’est pas plus surprenant de naître deux fois qu’une." Voltaire

En savoir plus

Sur cette plongée miraculeuse

Sur l’effet Lazare

Sur la redécouverte du cœlacanthe africain

Raconté par Opaline Martraix

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Iconographié par Aude Niclas

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