Où l’on apprend que les médicaments aussi peuvent être sexistes.
2001, États-Unis. C’est un véritable coup de tonnerre dans le monde de la médecine ! Un rapport accablant montre que sur les dix médicaments retirés les années précédentes, huit l’ont été à cause d’effets secondaires sur les femmes. Et il ne s’agit pas d’une coïncidence… Pendant des décennies, elles ont été sous-représentées, voire absentes, des essais cliniques.
Pourtant, ces essais sont justement là pour garantir l’efficacité et surtout la sécurité d’un médicament. Ils permettent d’établir les bonnes recommandations, comme le dosage ou les contre-indications.
S’il s’agit d’une étape si importante, alors pourquoi diable en exclure les femmes? Il y a certes une part de précaution en raison d’une potentielle grossesse qui mettrait fin à l’essai, pour protéger l’enfant à naître. Plus problématique, on a surtout souvent considéré le fonctionnement de leur corps comme "trop complexe". Les cycles hormonaux "fausseraient" les résultats, par rapport aux études sur les hommes…
Résultat, il faut extrapoler les données à partir du corps masculin, qui s’impose comme référence pour la médecine. En clair, on considère les femmes comme des modèles miniatures d’hommes. Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça.
Photo : Sweet Life
Par exemple, on sait que la réponse aux médicaments varie selon le sexe. Les femmes sont généralement plus petites et naturellement pourvues d’une plus importante quantité de tissus graisseux.
Photo : CDC
Par conséquence, un corps féminin dispose d’un plus faible volume de sang.
Pour une même dose, un médicament dissous dans le corps présente donc une concentration plus élevée chez la femme que chez l’homme. Son action sera plus importante et plus longue, ce qui augmente ainsi le risque de toxicité. Or, le sexe est très rarement pris en compte dans la posologie.
Adapter les prescriptions fait justement partie des recommandations actuelles pour diminuer les biais sexistes dans la santé. Il y a déjà des changements positifs : la participation des femmes dans les essais cliniques est passée de 35% en 1995 à 58% en 2018, tous essais confondus.
Heureusement, la sortie du rapport étasunien a servi de piqûre de rappel!
"Ma revendication en tant que femme, c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin." Simone Veil
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Vous connaissez le syndrome méditerranéen ? Et vous saviez que le mot "hystérie" vient du mot grec pour "utérus" et a historiquement servi à discriminer les femmes ? Malheureusement, les biais sexistes en médecine prennent de nombreuses formes…
Pour mieux comprendre, la journaliste Nesrine Slaoui analyse les inégalités de genre dans le système médical pour le média Tilt !, dans un épisode captivant de la série Nuances. Elle est accompagnée de Perrine Bonvalet-Döring, chargée de mission à l'Agence française de développement.
Ensemble, elles nous aident à identifier ces biais pour mieux les combattre. Une bonne santé implique forcément une bonne santé pour toutes et tous !