Où l’on gagne le tour de France grâce à son aérodynamisme.
2016, Tour de France. Lors de cette étape de montagne, les commentateurs sont stupéfaits. Au moment de la descente, le Britannique Christopher Froome adopte une position jamais vue (et plutôt risquée) : assis sur la barre horizontale du cadre et menton posé sur le cintre, il continue pourtant à pédaler. Que se passe-t-il ?
Position de descente de Christopher Froome, 2016. Photo : Tour de France via YouTube
Photo : Ana Hidalgo Burgos
C’est que Chris Froome veut absolument gagner cette étape. Et son plus grand ennemi, ce ne sont pas ses adversaires... mais la résistance qu’il oppose à l’air ! En effet, pour avancer, les cyclistes doivent lutter contre la pression de l’air (qu’ils prennent de face) ainsi que ses frottements (quand l’air glisse sur eux). Plus ils sont rapides, plus cette résistance est importante et plus ils doivent donc fournir d’efforts pour pédaler.
Ce problème n’est pas nouveau. Pour rouler toujours plus vite sans se fatiguer, il existe des techniques connues : on peut, par exemple, profiter de l’aspiration du peloton en se plaçant en son centre. Dans cette position très protégée, le cycliste peut rouler à 54km/h en utilisant autant d’énergie que s’il roulait à 15km/h.
Comment les cyclistes abusent de la science ?, AVRE Explore Media via YouTube
Mais depuis quelques années, les sciences sont entrées dans la partie. Les équipes procèdent à des tests en soufflerie avec des spécialistes. Le but ? Aller toujours plus vite, par exemple en étudiant la meilleure posture en descente. Celle de Chris Froome, si elle n’est pas la meilleure, permet en effet de gagner quelques secondes.
Positions de descente, issues de l'étude Quelle est la meilleure position de descente en montagne chez les cyclistes?, dirigée par Bert Blocken, 2017
Mieux encore, on peut trouver l’équipement le plus aérodynamique pour éviter les frottements. Du casque jusqu’aux chaussettes, rien n’est laissé au hasard. Certes, les résultats se comptent en quelques minutes au mieux mais cela suffit parfois pour gagner.
Cette course aux sciences a radicalement changé le cyclisme de haut niveau et favorise les équipes les plus riches... Eh oui, aujourd’hui, pour gagner le tour de France, il ne suffit pas d’être le meilleur coureur, il faut aussi être entouré des meilleurs scientifiques !
Tadej Pogačar, avec son équipement du contre-la-montre, lors de la 4e étape du Critérium du Dauphiné 2025. Photo : Kakoula10, CC BY 4.0
"Le vélo, c'est la souffrance, la fatigue et le dépassement de soi." Eddy Merckx