Où l’on découvre comment un problème de chrono peut créer le chaos.
2012, Londres. À la fin de la demi-finale d’épée des Jeux Olympiques, la confusion envahit la salle. Pendant plus d’une heure, l’escrimeuse sud-coréenne Shin ALam reste assise sur le bord de la piste, en pleurs, et refuse de partir. Que se passe-t-il ?
Shin A Lam attendant la fin de la délibération des jurés lors de son match contre Britta Heidemann aux Jeux Olympiques de Londres 2012. Photo : capture d'écran via YouTube
Britta Heidemann au championnat du monde d'escrime 2013 à Budapest. Photo : Marie-Lan Nguyen, CC BY 3.0
L’athlète vient de perdre face à l’Allemande Britta Heidemann. Mais c’est surtout la raison de sa défaite qui la met dans cet état…
En effet, à l’épée, en cas d’égalité, une règle particulière s’applique : la "mort subite".
Elle consiste à tirer au sort une "priorité" pour l’un des adversaires, et à ajouter une minute de temps supplémentaire. Le premier qui touche l’autre remporte l’épreuve! Et si personne n’y arrive, c’est l’athlète avec la priorité qui gagne. Cette règle permet de pousser les escrimeurs à s’affronter, au lieu d’attendre la fin du chrono en restant sur la défensive.
Ainsi, à la fin du match de Shin A Lam et Britta Heidemann, le score est de 5 partout. On adopte alors la mort subite et Shin A Lam obtient la priorité. Il lui faut donc tenir une minute sans encaisser de touche pour gagner.
Facile à dire… Les escrimeuses enchaînent les touches simultanées qui ne comptent pas, mais stoppent le chronomètre à chaque fois. Ce sont justement ces multiples arrêts qui causent une erreur technique. Alors qu’il ne reste normalement que quelques millièmes de seconde, le chrono est relancé pour 1 seconde entière !
L’Allemande profite de ce (court) temps supplémentaire pour toucher Shin ALam, mais celle-ci conteste ce qu’elle considère comme une injustice. Hélas, après d’interminables négociations, la sentence tombe: la Sud-Coréenne a bien perdu. Refusant de quitter les lieux, elle est finalement escortée vers la sortie, sous les vivats d’une foule émue.
Shin A Lam, au championnat du monde d'escrime 2013 à Budapest. Photo : Marie-Lan Nguyen, CC BY 3.0
Cliquez pour découvrir la touche finale du match Heidemann-A Lam, Jeux Olympiques de Londres, 2012. Photo : capture d'écran via YouTube
Heureusement, l’histoire ne s’arrête pas là. Quelques jours après, l’escrimeuse permet à son pays de remporter une médaille d’argent en gagnant sept de ses neuf combats par équipe. Une belle revanche !
"Dans les moments d’émotion intense, une fraction de seconde équivaut à une éternité." Jonathan Coe