Vienne, 1869. Le chef d'orchestre Otto Dessoff est en plein désaccord avec les musiciens de l'orchestre philharmonique. Furieux, il quitte la salle et signe sa démission : c'en est trop !
La raison de ce scandale ? Johannes Brahms, un jeune compositeur qui doit encore faire ses preuves.
À l'époque, les musiciens le connaissent surtout pour l'échec d'une de ses œuvres, qu'ils ont jouée quelques mois auparavant. Refroidis par l'expérience, ils refusent à présent de jouer sa Sérénade n°1…
Portrait de Johannes Brahms, 1889
Sérénade n°1 en ré majeur, op.11, Johannes Brahms, jouée par l'Orchestre de Chambre d'Europe à la Cité de la musique, 1997
Il faut dire que le morceau, qui allie des mélodies joyeuses à d'autres plus mélancoliques, est assez complexe.
Avec des passages très techniques et des rythmes variés, les musiciens peinent à déchiffrer la partition, et encore plus à se coordonner.
Heureusement pour Brahms, à la philharmonie, c'est Dessoff qui donne le la. Les musiciens l'apprécient beaucoup et estiment son avis.
Face à la menace de sa démission imminente, l'orchestre revient sur sa décision et accepte finalement de jouer la Sérénade n°1. Ouf ! Dessoff réintègre son poste et les répétitions reprennent.
Première photo de l'orchestre philharmonique de Vienne, en 1864, Otto Dessoff au premier rang en pantalon clair. Photo : Vienna Philharmonic / Historical Archives
Malgré ces efforts, le concert ne connaît pas un succès retentissant. Patience… La sérénade va gagner en reconnaissance à mesure que la carrière de Brahms progresse.
Et Dessoff n'y est pas pour rien. Quelques années plus tard, c'est justement à lui que Brahms demande de diriger la première représentation de sa Symphonie n°1.
La critique est si élogieuse qu'elle place le compositeur à la hauteur de ses prédécesseurs, Bach et Beethoven… Désormais, son talent ne fait plus aucun doute : ses œuvres sont jouées par les orchestres du monde entier!
Portrait de Otto Dessoff, deuxième moitié du 19e siècle
"Il ne faut jamais oublier qu'en perfectionnant un seul morceau, on gagne et on apprend plus qu'en en commençant ou en en finissant à moitié une douzaine." Johannes Brahms